mardi 11 novembre 2014

LA PETITE FILLE DE L’ACADIE




Le saviez-vous ?  Le premier hôpital du Madawaska, au Nouveau-Brunswick, est québécois ?

Il est bien connu qu’au 19e siècle (et même au-delà), le Québec a fourni une bonne partie de la Terre en forts contingents masculins et féminins de missionnaires.

L'Amérique du Nord, en particulier, a puissamment profité de ce mouvement et il n’est guère d’État ou de province sans trace de cette action.

Le Nouveau-Brunswick, par exemple, se félicite encore de l’engagement dont une petite fille de l’Acadie a fait preuve à son endroit.

Marie-Alphonsine Ranger a en effet fondé l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph de Saint-Basile dans le Madawaska, un établissement qui, loin d'être un simple hôpital, finira par regrouper aussi une école publique, des pensionnats pour filles et garçons, un couvent et une ferme.

Marie-Alphonsine Ranger est née à L’Acadie le 10 novembre 1846 de François Ranger, Patriote et député de Saint-Jean, et de Geneviève Bourassa, sœur du célèbre peintre et architecte Napoléon Bourassa et tante de Henri Bourassa, fondateur du Devoir.  

Entrée à Montréal chez les sœurs hospitalières de Saint-Joseph dès l’âge de 18 ans, elle y prend le nom de mère Maillet.

Premier couvent et hôpital
En 1873, elle est envoyée en mission avec 6 autres sœurs au Madawaska pour relever un couvent un peu délaissé.

Ayant des connaissances en pharmacie, elle est immédiatement recrutée sur place pour soigner les malades et conforter les indigents.

Sœur Maillet surveillant un de ses chantiers.
Ses talents se montrent si éclatants que la communauté lui laisse un peu la corde sur le cou, ce qui lui permettra, à force de ténacité et de persuasion, de faire agrandir plusieurs fois l’hôpital, de le faire construire en brique (et donc de faire construire la briqueterie nécessaire), d’ajouter des pensionnats, une école etc.

Une réussite magnifique solennellement reconnue par le gouvernement du Nouveau-Brunswick qui, en l’an 2000, désigna le tout «Lieu historique provincial», en raison de sa remarquable architecture.

Née à L’Acadie, mais de souche québécoise, Marie-Alphonsine Ranger aura néanmoins vigoureusement aidé la cause acadienne.

Elle est décédée dans sa communauté le 30 mars 1934.


mardi 4 novembre 2014

GIGANTESQUE PERTE




Le Québec vient de subir une perte inimaginable: Honoré Mercier est mort.

Le journaliste à la plume acérée, l’avocat imbattable, l’orateur au charme inégalé, le politicien entièrement voué au bien commun, le Premier ministre bâtisseur d’avenir n’est plus.

Né à Saint-Athanase le 15 octobre 1840, il a quitté cette terre le 30 octobre 1894, victime du diabète qui le rongeait déjà depuis longtemps et qui l’avait déjà privé de ses forces et de sa vue.

Ses cris de ralliement « Cessons nous luttes fratricides» qu’il lançait pour mettre un terme aux divisions partisanes des Canadiens français résonnent encore à nos oreilles.

Il avait bien vu, lui, que ces querelles ridicules, ne servaient que les intérêts des Anglais.

Reviennent aussi en mémoire ses batailles contre le colonialisme britannique, la confédération canadienne et les empiètements d’Ottawa.

Plus vive encore est la mémoire de ses gestes comme Premier ministre : ouverture de chemins carrossables et de voies ferrées pour donner aux cultivateurs accès aux marchés pour écouler leurs produits, construction d’innombrables ponts, mise au pas des grandes compagnies forestières, encouragement à la colonisation des Laurentides (avec l’appui du célèbre Curé Labelle), convocation de la première conférence interprovinciale.

Et surtout sa prise de conscience que le Québec est la vraie et seule Patrie des Canadiens Français.

Pas étonnant que les fédéraux lui aient mené une lutte de tous les instants et lui aient accolé de fausses accusations de fraude (dans l’affaire du Scandale de la Baie des Chaleurs) pour s’en débarrasser.

Mais il ne s’est évidemment trouvé assez peu de monde pour croire ces immondes accusations.

À preuve, au moins 50 000 personnes ont suivi son cortège funèbre jusqu’au cimetière de la Côte des Neiges.
Monument funéraire de Mercier à Montréal
Et la Patrie reconnaissante lui a érigé un monument digne du personnage : c'est le plus grand de toute la colline parlementaire à Québec.



mardi 28 octobre 2014

INVASIONS DE DOMICILE


Le fait de voir des bandits pénétrer de force dans des maisons en présence de leurs habitants pour y voler argent, bijoux et autres objets de valeur nous effraie tous et continue de défrayer la manchette.
Il ne faudrait toutefois pas croire que le procédé est nouveau et que les brigands du 21e siècle sont pires que ceux d’antan.
Le Canada Français du 26 octobre 1894 nous apprend qu’à la Pointe à la Mule (lieu-dit sis au carrefour de l’actuelle route 223 et de la rue Principale de Saint-Blaise) des tramps (mot étasunien signifiant vagabond) ont essayé d’entrer chez Édouard Lafond, alors que sa femme s’y trouvait seule.
Heureusement pour elle, leur gros chien a mis les envahisseurs en déroute, mais c’est l’occasion pour l’hebdomadaire d’énumérer les méfaits de ces tramps (mot qui, soit dit en passant, s’est transformé en trimpe, chez nous).
Le journal ne les soupçonne pas seulement de ces invasions mal venues, mais les accuse carrément de mettre le feu à des granges pour attirer les badauds, ce qui leur permettrait ensuite de cambrioler à leur guise.
À la Pointe, justement, les deux granges de Marcelin Robert viennent de passer au feu et tout laisse penser que l’incendie a été allumé par des mains criminelles puisque ces granges ne sont pas du tout voisines et que les flammes n’auraient en aucun cas pu sauter d’un bâtiment à l’autre.
Le journaliste laisse même entendre que cet incendie aurait fort pu être allumé précisément par ceux qui ont ensuite tenté de s’en prendre à l’épouse et à la maison de M. Lafond.

mardi 21 octobre 2014

LE 22e – Cent ans déjà!




Le 28 juin 1914, un coup de feu mortel est tiré à Sarajevo, faisant jouer le fouillis inextricable des  alliances européennes et déclenchant la Première Guerre mondiale.

Rapidement Londres enjoint à sa colonie canadienne d’entrer dans la ronde meurtrière, ce qu’Ottawa fait sans discuter dès le 4 août.

Des Canadiens-français se portent immédiatement volontaires pour voler au secours de la Mère-Patrie, mais n’apprécient guère de se faire cracher des ordres dans une langue étrangère.

Leurs protestations portent fruit, et un bataillon canadien-français est formé le 21 octobre, mais toujours de mauvaise foi, l’état-major le nomme 22nd Infantry Batallion (French Canadian)...

Placé sous le commandement du colonel Frédéric Gaudet, le bataillon naît officiellement chez nous à la garnison de Saint-Jean.

Fort de plus de 1 000 soldats, le bataillon subit son entraînement accéléré avant d’être expédié dans les tranchées d’Ypres, en Belgique.

Il se couvrira de gloire par de nombreux gestes d’éclat.

Avec d’autant plus de mérite qu’il devait se protéger non seulement contre les Allemands, mais également contre la malveillance et l’arrogance anglo-saxonnes.

Mais sa vitalité et son dynamisme sont devenus évidents pour tout le monde.  
 
Monument en l'honneur du 22e - Place George V - Québec
Cette année, cette brillante formation fête son centenaire.

Joyeux anniversaire!


mardi 14 octobre 2014

CHRISTIEVILLE CHANGE DE NOM



Le nom de Christieville n’aura eu qu’une existence éphémère, soit de 1815 à 1859.
Il avait été donné, en 1815, au lieu-dit Mille Roches, posé sur la rive droite du Richelieu là où, en effet, les galets arrondis abondent au fond de l’eau et c’est en son honneur propre que le seigneur William Plenderleath Christie avait rebaptisé l’agglomération.
Mais à peine 5 ans après l’abolition du régime seigneurial (1854) et moins de 15 ans après le décès de Christie (1845), les élus se souviennent de toutes les avanies que ce dernier a fait subir aux Canadiens français.
Ses démarches incessantes pour éradiquer le fait français et catholique sont encore dans toutes les mémoires.
Selon les édiles municipaux, il est inconvenant, en 1859,  de perpétuer la mémoire d’un personnage si peu fréquentable et la décision est prise d’honorer plutôt un véritable héros.
  Le choix se porte rapidement sur Pierre Lemoyne d’Iberville (né le 20 juillet 1661, à Ville-Marie (Montréal), et mort à La Havane, le 9 juillet 1706). 
Voilà en effet un personnage  digne de la reconnaissance populaire, un personnage qui a illustré le peuple canadien français de la mer d'Hudson aux Antilles.


Et surtout, cet ardent marin a remporté aux commandes du Pélican de magnifiques batailles navales contre les ennemis anglais.  Il mérite bien cette distinction.
C’est ainsi que le bourg prendra désormais le nom d’Iberville, afin de mettre en valeur un passé éminemment glorieux.
Cette bonne idée aura une existence beaucoup plus longue puisqu’elle durera jusque au tout début du 21e siècle alors que, le 1er janvier 2001, la municipalité sera fusionnée avec la nouvelle ville de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Il ne subsiste dorénavant sur place qu’un nom de secteur pour rendre hommage à l’un des plus grands héros du Québec…

mardi 7 octobre 2014

NAISSANCE D’UN GÉANT




Au début du 20e siècle, les agriculteurs prennent de plus en plus conscience de leurs intérêts collectifs.
Déjà, à la fin du siècle précédent, le célèbre curé Labelle a tout fait pour susciter la naissance d’une agriculture industrielle capable de vendre sa production à l’étranger.
Ses longues batailles pour faire construire le «P’tit train du Nord» visaient justement à donner aux cultivateurs des Laurentides accès aux marchés internationaux via le port de Montréal.
En prolongement de ces batailles, un parti politique d’agriculteurs naît, sous l’impulsion de Noé Ponton, pour briguer les suffrages fédéraux à l’élection de 1924.
Échec cuisant!  Mais le clergé prend la balle au bond et suscite la création d’une association agricole.
  Le 1er octobre 1924, plus de 2 000 cultivateurs sont réunis à Québec pour créer l’UNION CATHOLIQUE DES CULTIVATEURS du Québec, l’UCC, et, dès sa naissance, ils lui donnent le mandat de défendre leurs intérêts, notamment en prenant position sur des thèmes comme «l’enseignement agricole, le crédit agricole, la production et le commerce des produits de la ferme, la fiscalité, la colonisation».
  La crise de 1929 va faire passer toutes ces bonnes intentions sous le boisseau, les cultivateurs se rabattant sur l’auto-consommation pour survivre.

  En revanche, la 2e guerre mondiale sèmera la prospérité au Québec et, du même coup, fera revivre l’idéal de l’agriculture commerciale.  L’UCC sait alors saisir l’occasion d’exiger une forte représentation des agriculteurs afin de négocier, à leur intention, de meilleures conditions face aux grandes compagnies d’alimentation.  
  À force d’exiger, à force de talonner les élus, l’UCC finit par obtenir du gouvernement Duplessis, en 1956, la mise en place des plans conjoints, espèces de conventions collectives liant producteurs et acheteurs.
Cette réussite amène l’organisation à se concevoir désormais comme un véritable syndicat agissant en fonction des rapports de force et donc en mesure d’exiger de tous les cultivateurs, membres ou non, une cotisation obligatoire.
Cette exigence sera satisfaite en 1972. 
L’UCC en profitera pour changer de nom.
Elle s’appellera désormais l’Union des producteurs agricoles, l’UPA.