De temps immémoriaux, une vieille
épave gisait au fond de l’eau tout juste devant le Fort Saint-Jean.
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Canada français, 14 octobre 1898 |
À peu près personne ne s’en
souciait sauf les plaisanciers qui devaient s’en méfier doublement à cause de
la puissance du courant à cet endroit.
Mais, en octobre 1898, il devient
urgent de déplacer ce débris, car il gêne le dragage de la rivière et en un
tournemain, sans grandes précautions, les restes sont soulevés et déposés sur
la rive.
L’archéologie n’étant pas une
passion dévorante à l’époque on abandonne le tout là, surtout que le navire a
manifestement été visité par des pilleurs qui ont emporté tout ce qui pouvait
avoir la moindre valeur monnayable.
À tout hasard, on laisse entendre
que la carcasse est celle du Royal Savage,
un navire militaire construit à Saint-Jean en 1775, sur ordre du gouverneur Guy
Carleton, pour affronter les troupes étatsuniennes d’invasion.
Ce deux mâts équipé en schooner
aurait été coulé par les troupes du général Montgomery lors de son attaque
contre le Fort Saint-Jean.
Fin de l’histoire, chez nous.
Mais, c’est compter sans la
détermination de la marine des États-Unis de recenser et de récupérer tous les
bâtiments sur lesquels ont flotté ses drapeaux.
Il s’avère en effet que le Royal
Savage a été renfloué par les troupes de Montgomery, remis en état et confié au
général Benedict Arnold, qui était chargé d’imposer sa loi sur le lac Champlain.
Le schooner a mené nombre d’attaques
avant de s’échouer à l’île Valcour.
Les Anglais l’ont alors repris,
incendié et abandonné lorsqu’il fut devenu inutilisable.
239 ans plus tard, en 1995, la marine des
États-Unis a récupéré ce qu’il en restait pour le protéger et le mettre en
musée.
Quant à l’épave du Fort
Saint-Jean elle semble totalement oubliée, car elle ne figure pas dans les
recensements d’épaves du Richelieu.