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Manoir construit pour W. P. Christie à Iberville - Source : Culture et Communications Québec |
Au début du 19e
siècle, les seigneuries riveraines du Richelieu appartiennent toutes à William
Plenderleath Christie, le bâtard du général Gabriel Christie.
La plupart présentent la
désagréable particularité d’être couvertes de marais et d’être souvent inondées,
ce qui complique les relations avec les censitaires qui exigent des remises de
rentes ou de n’être taxés que pour les superficies réellement exploitables.
Pour compenser ces pertes, W. P.
Christie demande au gouvernement d’occupation militaire de lui accorder des
terres supplémentaires ailleurs.
N’étant pas de la bonne coterie,
sa requête lui est refusée.
Il décide alors de tenter une
expérience de drainage.
Au centre de la seigneurie, dans
le territoire de Saint-Valentin (Stottsville, à l’époque) se trouve un petit
lac et des terres voisines fort humides qui empêchent toute exploitation.
En 1837, Christie commande donc
une étude de faisabilité et charge son bras droit – William McGinnis – d’embaucher
la main d’œuvre nécessaire.
Il faut même dire « importante
main d’œuvre », car l’œuvre entreprise est colossale : creuser jusqu’au petit ruisseau Bleury
(affluent du Richelieu) un fossé de 3 kilomètres de long, large de 2,4 mètres
et profond de 1,4 mètre.
Il a même fallu surcreuser à
certains endroits, mais, au final, ce sont environ 8 000 arpents qui ont pu
ainsi être récupérés.
Or, 5 000 de ces arpents étaient
déjà concédés et faisaient donc partie de la censive.
Tant que ces terres étaient
inondées, elles ne rapportaient pas de revenus et, une fois drainées, elles ne lui
procuraient que £100.
Il s’agissait d’une bien piètre
compensation pour tant d’efforts et d'investissements.
Christie s’est alors mis à
compter sur les 3 000 autres arpents pour se renflouer.
Il a d’abord baptisé ce nouveau
domaine Lakefield (nom qui subsiste de nos jours comme lieu-dit).
Puis, comprenant que se contenter de le donner en
censive ne serait pas rentable, il forme le projet de transformer la
tenure de ces terres en franc et commun soccage, c’est-à-dire en terres libres,
dégagées du régime seigneurial et susceptibles d’être vendues en pleine
propriété.
N’appartenant toujours pas à la
bonne coterie, il essuie un nouveau refus.
Il décide alors de prendre des
mesures pour que ces terres profitent à la mission Feller de la Grande Ligne de
Saint-Blaise, mission qu’il encourage dans l’espoir de « protestantiser »
et « angliciser» ses censitaires canadiens-français.
Se ravisant par la suite, il
léguera le tout à son épouse Amélia Bowman.
Voilà comment un petit lac connut
une longue histoire.