mardi 3 février 2015

BIEN ESSAYÉ...




En ce 1er février 1895, la foule se presse au Palais de Justice car, au menu, se trouve une cause très attendue.

La ville d’Iberville a en effet contracté un important emprunt auprès de la Banque du Peuple pour financer divers travaux d’infrastructure, dont, notamment l’installation d’un réseau d’égouts.

L’emprunt a été dûment approuvé par le Conseil municipal et les travaux ont été réalisés, mais voilà que la ville refuse de rembourser l’emprunt sous prétexte qu’il n’avait pas été soumis à l’approbation des citoyens et qu’il excédait les compétences de la municipalité.

La banque s’est donc adressée aux tribunaux et a eu gain de cause, le juge Charland faisant remarquer que les travaux ayant été exécutés, il fallait payer.

Ce fut une courte victoire, cependant, car au mois de juillet suivant le caissier de la banque se sauvait aux États-Unis.

Inquiets, les clients ont réclamé la totalité de leurs dépôts, ce qui a précipité la fermeture de l’institution, qui avait pourtant été le porte-drapeau de la réussite financière des Canadiens-Français.

mardi 27 janvier 2015

LÉSINER SUR L’HYGIÈNE PUBLIQUE



Notre actuel gouvernement ne cesse d’imposer des compressions budgétaires dans tous les domaines et de nous imposer une austérité à nulle autre pareille.

Sachons que ces chipotages ont de très lointaines racines.

C’est ainsi que le Canada Français nous signale, dans son édition du 29 janvier 1920, que le Conseil municipal de Saint-Jean craint que l’hygiène publique lui coûte trop cher.

On sait que depuis le vaste mouvement d’urbanisation amorcé au Québec à la fin du XIXe siècle, les maladies liées à l’entassement, à la pauvreté et à l’insuffisance des infrastructures sanitaires se multiplient.

En 1920, le Bureau supérieur d’hygiène du Québec recommande aux municipalités d’embaucher des médecins pour assurer une protection contre les maladies infectieuses, surtout que la période est fortement menacée par des épidémies de fièvre typhoïde.


En application de cette recommandation, un médecin a donc été embauché à Saint-Jean pour deux mois.

«Deux mois», s’est étranglé un conseiller, «pourquoi pas une embauche d’un seul mois?»

S’en est ensuivie une longue discussion au terme de laquelle l’embauche de deux mois fut maintenue.

C’était sans doute heureux car un autre sujet à l’ordre du jour concernait l’endroit où les marchands de glace prélevaient leur marchandise, tout juste là où l’usine d’épuration de la ville rejette ses eaux usées dans le Richelieu…





mardi 20 janvier 2015

LE CLUB DE RAQUETTEURS CHAMPLAIN


En notre époque d’effets spéciaux spectaculaires au cinéma, d’impatience généralisée et d’individualisme à tout crin, les sports sont extrêmes ou ne sont pas.
Au début du 20e siècle, la vie se déroulait plus calmement et plus convivialement.  Les sports aussi.
Une activité de groupe attirait particulièrement : la raquette.
D’invention amérindienne et adoptée par les Français dès la naissance de la Nouvelle-France, la raquette se pratiquait allègrement dans Saint-Jean et la région, même si cela s’accompagnait de quelques mésaventures à l’occasion…
Raquetteuse tombée au travers de la glace.
Une des fréquentes chutes.

Canada Français, 25 décembre 1908.
Mais cela ne décourage pas les vocations et, le 20 décembre 1908, un groupe de notables se réunit juste avant Noël pour créer le « Club Iroquois » de raquetteurs, nom qui sera changé dès l’année suivante pour « Club Champlain », nom qu’il porte encore de nos jours.

Dans les années 1920, naît le « Cercle Champlain » qui regroupe lui, des raquetteuses en attendant que les deux groupes fusionnent en 1961.

Entretemps, un club social aura été acheté, puis rebâti après l’incendie dévastateur de 1938 et vendu en 1992 après avoir longtemps servi de lieu de ralliement pour des générations de membres férus d’activité physique, de camaraderie et de dévouement au bien public.
La paroisse Saint-Eugène était moins développée à l'époque...


En ce début 2015, le club vit ses derniers moments : le recrutement de nouveaux membres est au point mort, les anciens, devenus trop vieux, prennent leurs distances les uns après les autres et les réserves financières s’amenuisent constamment.

L’actuelle présidente, Nicole Daudelin, qui est administratrice de la Société d’histoire du Haut-Richelieu (qui publie ce blogue) prévoit que cette année sera sans doute la dernière d’une association qui aura fait le bonheur de plusieurs générations d’amateurs de plein air.
Raoul Courtemanche, longtemps président du club, arborant fièrement son uniforme.
En sortie.
Canada Français, 28 janvier 1910
 
Devant le marché.


mardi 13 janvier 2015

UN GESTE AMBIGU



Le 10 janvier 1910, à Montréal, survient un événement qui exerce encore une influence sur nous : la naissance du quotidien Le Devoir.


Henri Bourassa, son fondateur, a quitté le parti libéral fédéral de Wilfrid Laurier, en 1899, parce que ce dernier a obéi immédiatement à l’ordre venu de Londres, la métropole coloniale, d’attaquer les Boers.



Ces Boers osaient vouloir empêcher les pilleurs anglais de faire main-basse sur leurs ressources naturelles et la puissance impériale avait décidé de les casser en envoyant des troupes venant des autres colonies…



Bourassa n’avait pas supporté la docilité coloniale de Laurier et avait claqué la porte.

 
Première demeure du Devoir, au
71A  rue Saint-Jacques.

En fondant Le Devoir, il se donnait le moyen de peser sur l’opinion publique et de combattre toutes les dérives des Libéraux.



Voilà où la chose devient croustillante.



Le Canada Français signale la nouvelle parution, quatre jours plus tard, dès son édition hebdomadaire du 14 janvier.



Journal libéral s’il en est, le Canada Français ne manque pas de souligner vivement les orientations anti-libérales de la nouvelle feuille.




Et il termine par cette phrase ouverte à toutes les interprétations : « Nous souhaitons au nouveau confrère le succès qu’il méritera. »



Il est permis de penser que ce succès a largement dépassé les vœux exprimés à cette occasion.