mardi 16 février 2016

RONA





Rona – l’un des joyaux de nos entreprises marquantes et rayonnantes – vient de jeter la serviette et de se laisser avaler par un concurrent étranger…

Pourtant !   

Pourtant, il y a à peine 10 ans, en février 2006, Rona continuait son ascension ambitieuse en mettant la main sur Matériaux
Coupal, un groupe spécialisé dans la vente de matériaux de construction à l’industrie de l’habitation de la grande région métropolitaine de Montréal.

La compagnie Matériaux Coupal a  été fondée en 1914 à Henryville par Orpha Coupal.
Orpha Coupal

Lors de sa vente, elle exploitait neuf points de vente :  Henryville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Lambert, Vaudreuil, Napierville, Pierrefonds, Granby, Laval et L’Assomption et employait plus de 540 personnes.

En 2005, Coupal pesait  - en ventes - près de 125 millions de dollars.

Elle exploitait également deux usines de fabrication de fermes de toit, de poutrelles et de murs préfabriqués,  à Granby et à Saint-Lin-des-Laurentides, de même qu’une usine de finition intérieure à Granby.

C’est comme si Rona avait facilité l’expansion, chez nous, d’une multinationale étrangère en achetant tout ce qui était achetable – avant de se vendre…

mardi 9 février 2016

QUERELLE D’ANCÊTRES

Au Québec, les deux plus anciens journaux encore en circulation sont respectivement le
Courrier de Saint-Hyacinthe, fondé en 1853 et où Honoré Mercier a fulminé ses dénonciations contre le projet de confédération, et le
Canada Français, fondé par Félix-Gabriel Marchand, en 1893, mais qui fait remonter sa naissance à 1860 grâce à sa fusion avec le Franco-Canadien, né à cette date…



Tous deux étaient officiellement des feuilles « libérales », mais le Courrier était nettement plus « rouge » que le Canada français et défendait des positions nettement plus avancées, notamment en matière d’indépendance envers le clergé catholique.

Et, le 8 février 1896, cette « nuance » a valu au Courrier une philippique d’une rare vigueur de la part du Canada Français.


Accusé de voltairianisme – grave accusation au 19e siècle québécois – le Courrier est également accusé de s’abreuver aux pages de journaux révolutionnaires et anticléricaux français tels « Le Père Duchêne », « l’Intransigeant » et « La Lanterne* ».

Lancer des telles dénonciations n’a rien d’innocent en une période où les ultramontains tiennent le haut du pavé politique et tâchent de tout leur poids d’imposer les autorités catholiques au-dessus du gouvernement démocratiquement élu.

Pas même besoin de connaître la teneur de l’article à l’origine de cette diatribe colorée pour comprendre que le torchon brûlait ardemment dans le « giron libéral » à la fin du 19e siècle.

Assez curieusement, la colère semble avoir été si intense que le journal est daté du vendredi 8 février 1896 alors que le 8 février 1896 était en réalité un samedi…


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*On peut noter que «La lanterne» était également le titre d'un journal publié par Arthur Buies, autre bête noire des ultramontains.

mardi 2 février 2016

TUER L’ÉDUCATION




Charles-Eugène Boucher de Boucherville
Le 5 janvier 1898, le Québec se redonnait le ministère de l’éducation que le premier ministre Charles-Eugène Boucher de Boucherville avait supprimé en 1875.

Le cabinet de Félix-Gabriel Marchand souhaitait redonner à tous – garçons et filles, riches et moins riches – accès à l’éducation.


Le gouvernement désirait ainsi assurer l’avenir de la Nation.

À son avis, un ministre, responsable devant les élus, serait mieux à même de répondre aux besoins qu’un simple surintendant, bureaucrate peu appelé à répondre de ses actes.

Finalement, l’éducation devenant un enjeu démocratique, elle secouerait beaucoup mieux l’apathie des électeurs.

La loi est donc votée, mais c’est sans compter avec l’opposition absolue du clergé catholique qui voit dans cette loi une fissure capable de miner son emprise exclusive sur l’esprit de la population.

Votée démocratiquement, cette loi sera défaite par le clergé via le sénat, un organisme anti-démocratique où ne siègent que des gens nommés plutôt qu’élus.

Pire encore et triste à dire, mais c’est l’historien Thomas Chapais qui mène cette charge à fond de train contre l’avenir.
Thomas Chapais

En fait, cette bataille aura été si disgracieuse qu’il faudra attendre encore plus de 60 ans avant qu’un autre gouvernement du Québec ose créer un ministère de l’éducation.

Cette fois-là était la bonne pour le moment…


mardi 26 janvier 2016

LE MOUTON NOIR DE HENRYVILLE



L’ancien député libéral de Saint-Jean, de 1900 à 1908, aura eu une carrière à la fois remarquable et honteuse.
Né à Henryville, le 30 juillet 1847, Philippe-Honoré Roy a d’abord exercé la carrière d’avocat, se gagnant de bonnes grâces de gauche et de droite jusqu’à exercer le rôle de syndic du Barreau en 1889 et 1890.
Personnalité bien en vue il accède même à la présidence du club national,  chic rendez-vous des milieux libéraux, à la fin des années 1870.
Ayant épousé Auglore Molleur, la fille du riche homme d’affaires d’Iberville Louis Molleur, Roy s’insinue rapidement dans les milieux financiers de la région et s’intéresse particulièrement à la Banque de Saint-Jean que son beau-père vient de créer en 1873, banque dont il deviendra le président au début du 20e siècle.
Menant parallèlement une vie partisane, il réussit après de nombreux échecs, à se faire élire député de Saint-Jean sous la bannière libérale en 1900 et à faire reconduire son mandat en 1904.
Il atteint alors le sommet de sa carrière d’élu en accédant au poste de président de l’Assemblée législative, en 1907.
Et c’est là que le vent tourne.  Il s’avère que Roy a si profondément puisé pour son compte personnel dans les finances de la banque que celle-ci a été menée à la faillite.
Panique de déposants, ici à New York.
Le 28 avril 1908, l’institution suspend ses paiements et ferme ses portes. 
Officiellement, le caissier principal se serait sauvé aux États-Unis en emportant les épargnes des déposants, mais l’enquête subséquente démontrera que le président de l’Assemblée législative est derrière cette déconvenue.
Renonçant, en 1908, à solliciter un troisième mandat, il aurait même financé sa campagne électorale à la mairie de Montréal avec l’argent détourné.
En tout, c’est tout près de 575 000 dollars qu’il aurait ainsi empoché délictueusement.
Arrêté le 11 juin 1908, par les autorités fédérales il est trouvé coupable en 1909 et condamné à 5 ans de prison, peine qu’il ne purgera pas entièrement puisqu’il décédera le 17 décembre 1910.
Le Canada Français, organe libéral, signalera très discrètement sa disparition, le vendredi 23 décembre.



mardi 19 janvier 2016

1976 –ANNÉE DE GRANDE RICHESSE HISTORIQUE


Au Québec, 1976 est d’abord et avant tout l’année de la première accession  du Parti québécois et de René Lévesque au pouvoir.
Dans notre région, c’est également l’année de naissance des ÉDITIONS MILLE ROCHES, lesquelles vont réussir, jusqu’en 1989, à mettre joliment en valeur nos trésors historiques et patrimoniaux.
Depuis quelque temps, en effet, des esprits curieux avaient noté d’une part le véritable pactole de monuments anciens de toutes sortes ainsi que d’événements mémorables dont regorge la région et, d’autre part, l’oubli presque universel les affligeant.
Et c’est à un natif du Bas-du-Fleuve, Jean-Yves Théberge  (né en 1937 à Saint-Mathieu-de-Rimouski) que revient le mérite d’avoir secoué cette amnésie.
Après avoir un peu tâté le terrain auprès des historiens de la région, il convoque une réunion en 1976 pour aviser aux moyens à prendre pour corriger la situation.
Pour éviter toute improvisation en la matière, il a la prudence de s’associer Marie Gruslin, jeune comptable très au fait du fonctionnement légal des entreprises.
La décision est immédiatement prise de fonder une maison d’édition et d’y associer, dès le départ, un troisième larron en la personne du philosophe Marcel Colin, professeur au CEGEP.

Le nom est immédiatement choisi en collégialité, Mille Roches désignant  le lieu bien connu du Richelieu où, à l’étiage d’automne, l’eau est si basse que les roches du fond affleurent à la surface.
Le choix de la première publication ne pose
guère de problème non plus et se fixe sur la monographie du notaire Lionel Fortin intitulée Nelson Mott et l'histoire de Saint-Jean[1].
D'autres titres viendront rapidement agrémenter le tout et on ne se prive pas de vanter les mérites touristiques...

ou de dériver vers l'autobiographie...

En 1980, l’autonomie financière de l’entreprise étant assurée, Marie Gruslin estime qu’elle a rempli la tâche qu’elle s’était assignée et tire sa révérence.
Elle est imitée  trois ans plus tard par Marcel Colin, dont la santé périclite.
Bientôt, Jean-Yves Théberge se trouve seul à la barre et, la tâche s’avérant au-dessus de ses forces, il décide de vendre à des libraires de Saint-Jean, les Frères Dulude, en 1986.
Nées « affaire de cœur », elles devenaient « affaire commerciale ».
La sanction ne tarda pas et la maison fermait en 1989…
Depuis, aucune relève ne s’est manifestée.





[1] En 14 ans d’existence, la maison publiera 51 titres, débordant l’histoire régionale pour aborder des sujets tels la vieillesse ou l’artisanat.