mardi 15 juillet 2014

SUR LA ROUTE, PRÈS DE SAINT-HYACINTHE...



Marcel Raymond


Saint-Jean a donné au Québec, en la personne du botaniste Marcel Raymond (1915-1972), l’un de ses scientifiques les plus éminents.

Membre de l’élite rapprochée de Marie-Victorin, avec Jacques Rousseau et Pierre Dansereau, Marcel Raymond s’est principalement illustré par son traité intitulé «Esquisse phytogéographique du Québec», œuvre qui aura servi à des multitudes de chercheurs et d’enseignants.


Mais désireux d’élever le niveau culturel de son peuple,  il ne dédaignait pas de s’adresser au public profane pour transmettre son savoir.

C’est ainsi qu’il a notamment tenu une chronique botanique dans le Canada Français.


Mais, il y a exactement 70 ans aujourd’hui, Marcel Raymond était impliqué dans un drame d’ampleur nationale.

Il revenait d’une exploration botanique avec Marie-Victorin, en ce 15 juillet 1944, et se trouvait dans la voiture où celui-ci décédera des suites d’un accident de la route.

Dans ce véhicule se trouvaient également le Frère Rolland-Germain, un proche du fondateur du Jardin botanique, ainsi que 3 jeunes assistants, dont Marcel Raymond.

Nous empruntons ici le récit de cet événement à la biographie de Marie-Victorin rédigée par notre membre Pierre Couture sous le titre «Marie-Victorin, le botaniste patriote»[1].

Les passagers se sont enfermés dans quelque monologue intérieur.  Marie-Victorin somnole.  Soudain, près de St-Hyacinthe, leur voiture est impliquée dans une violente collision.  Les trois jeunes botanistes arrivent tant bien que mal à s'extirper de la ferraille mais la situation est grave. 



À l'arrière, le Frère Rolland-Germain a la jambe cassée.  Mais il insiste pour qu'on s'occupe de Marie-Victorin.  Celui-ci est coincé entre son siège et le tableau de bord.  Son front a fait éclater le pare-brise.  Le sang coule de partout.  Il en a le visage couvert.  […]  Ses blessures semblent assez superficielles, mais il a la bouche pleine de sang et il n'arrive pas à avaler son médicament pour le cœur.  



Il frissonne et comprend toute la précarité de sa situation.  À Marcel Raymond, il dit: «Je crois que mon cœur n'endurera pas ça». 



Un taxi arrive enfin, une demi-heure plus tard.  Marie-Victorin et le Frère Rolland-Germain y sont déposés et Marcel Raymond les accompagne. 



Arrivés à l'hôpital, le décès de Marie-Victorin est constaté.  Une immense carrière, une carrière qui a modifié durablement la culture de tout un peuple, vient de cesser abruptement sur une route de campagne…

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Il va de soi qu'en cette période de la mi-juillet, nous ne saurions oublier la Fête nationale de notre mère patrie.

La commission de toponymie publie sur son site les traces que les acteurs de la Révolution française ont laissées dans nos noms de lieux.

Bonne lecture :
http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/chroniques-toponymiques/semaine-2014-07-10.html

[1] Les Éditions XYZ inc., Collection : Les grandes figures, 1996, 216 pages.

mardi 8 juillet 2014

L’AUTOROUTE ASSASSINE (2)




À l’instar du train qui, nous l’avons déjà montré, a considérablement nui à l’activité économique de Montréal, le réseau autoroutier a permis aux grands centres commerciaux régionaux de concurrencer directement les marchands de Saint-Jean.

En avril 1967 était inaugurée l’autoroute 20 et l’autoroute 30 l’était en 1977.

Or, les promenades Saint-Bruno, ouvertes en 1978, ont tout de suite drainé les clients de Saint-Jean.

L’effet sur le commerce local fut spectaculaire.

Alors qu’en 1951, Saint-Jean occupait le 3e rang du commerce de détail pour les villes satellites de Montréal ou de Québec, elle avait glissé au 15e rang au début des années 1980.

La trop grande proximité de Montréal, la grande facilité d’accès, les vastes stationnements et la gamme des produits offerts s’alliaient pour attirer les clients hors de Saint-Jean.

La réplique a évidemment d’attirer des centres commerciaux locaux.  Le résultat demeure assez mitigé.

Les centres commerciaux accueillent surtout des succursales de vastes chaînes commerciales qui ont des achats groupés et qui ne s’approvisionnent presque pas localement.

De plus, avec leurs propres vastes stationnements ils contribuent à vider les commerces du centre-ville, désavantagés à cet égard.

Bref, les difficultés économiques de Saint-Jean ont une longue histoire.

mardi 1 juillet 2014

LE TRAIN ASSASSIN[1]




Saint-Jean, on le sait, a été le berceau du train en Canada avec la liaison Saint-Jean – Laprairie lancée dès 1836 par la compagnie Saint-Laurent et Champlain.

Ce que l’on sait moins, c’est que le train, qui devait accentuer les succès économiques de Saint-Jean, va plutôt le précipiter dans le récession.

Rappelons-nous : au début du 19e siècle, la ville est devenue très prospère grâce au commerce avec les États-Unis, commerce du bois d’œuvre principalement et qui profite amplement de la voie d’eau constituée par le Richelieu, le lac Champlain, les autres lacs et le fleuve Hudson.

Or, dès 1851, la Saint-Laurent et Champlain prolonge sa voie jusqu’à Rouses Point, dans le New York, et se raccorde à la ligne reliant Boston et New York.

Puis, ce qui va devenir le Grand Tronc étend son réseau vers les Cantons de l’est et vers le Maine.


Dès cet instant, le déclin de Saint-Jean est inscrit dans les cartes, car les nouvelles voies évitent la ville.

De plus, le transport ferroviaire est beaucoup plus rapide et efficace que le transport maritime et, dorénavant, on n’expédie plus le bois d’œuvre sous forme de grumes, mais sous forme de planches et madriers… qui craignent l’eau.

Résultat : les entrepreneurs fuient, les entreprises s’installent ailleurs et la population stagne.

En 1851, la population de Saint-Jean était comparable à celle de Sherbrooke et à celle de Saint-Hyacinthe.

Ces deux dernières, favorisées par le Grand Tronc, voient leur population exploser, celle de Saint-Jean piétine.


Entre 1851 et 1901, la population de Sherbrooke quadruple et celle de Saint-Hyacinthe triple presque alors que celle de Saint-Jean ne croît que de 25%.

Les conseillers municipaux, qui sont souvent aussi des entrepreneurs, se votent des exemptions fiscales et des subventions «pour soutenir l’emploi», mais sans grand succès.

À part la Singer, qui a été attirée à grands frais, peu des entreprises subventionnées survivent plus de 2 ou 3 ans.


Bref, même si la ville s’est lourdement endettée et a dû augmenter le fardeau de ses taxes et impôts pour financer le secteur privé avec de l’argent public, le résultat a été presque négligeable.


[1] Inspiré de Kathleen Lord :  http://id.erudit.org/iderudit/1018122ar

mardi 24 juin 2014

ILY A 120 ANS : UN ASSASSINAT CÉLÈBRE



Sadi Carnot

En ce vendredi 29 juin 1894, la «Une» du Canada-Français ne s’attarde pas aux festivités de la Saint-Jean.

Non!  Ce qui retient l’attention et même soulève l’indignation la plus soutenue, c’est l’assassinat dont vient d’être victime le président français Sadi Carnot.


Le président Carnot a en effet été poignardé à Lyon, justement le 24 juin, alors qu’il quittait un banquet organisé à l'occasion de l'exposition universelle, internationale et coloniale.  Il en mourra le lendemain.


Son assassin, l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio, sera guillotiné le 16 août suivant.

Mais dans le Canada Français, ce qui prime c’est l’émotion ressentie dans notre région.

Le président Carnot était avantageusement connu au Québec et il avait encore rehaussé sa renommée en accueillant avec grande bienveillance le premier ministre Honoré Mercier lors d’un voyage de celui-ci en France, en 1891.

Très au fait et admiratif des initiatives prises par Monsieur Mercier pour illustrer et dynamiser le peuple canadien-français, il lui avait remis les insignes de la Légion d’honneur.

Mais à la douleur causée par cette perte s’ajoute toute la répulsion éprouvée à l’époque pour les anarchistes.

Cela nous vaut des mots très durs que nous n’avons plus l’occasion de lire de nos jours.


P.S.  Le 24 juin est aussi le jour anniversaire de Sylviane Soulaine-Couture, secrétaire-adjointe de notre Conseil d’administration.  En ce jour de Fête Nationale, son cœur palpite doublement. D'autant plus qu'avec son équipe, elle vient de remporter le PRIX FLEUR BLEUE 2013 pour la commémoration de l'anniversaire de naissance de LOUIS CYR, né à Saint-Cyprien il y a 150 ans. En votre nom à tous, nous lui offrons nos meilleurs vœux ainsi que nos félicitations.