mardi 10 novembre 2015

L'ARMISTICE


En ce jour d’armistice, Saint-Jean se souvient.
Il se souvient avoir été le berceau du célébrissime 22e régiment, ce régiment qui s’est illustré avec élégance, courage et détermination dans tous les combats dans lesquels il a été engagé.
Le premier de tous aura été de se faire accepter comme régiment canadien français par les officiers canadiens imbus de toute la suffisance britannique.
Mais c’est en Europe, lors de la première guerre mondiale qu’il a su s’illustrer, acquérir ses couleurs et malheureusement payer, comme on dit, le tribut du sang.

Le 11e jour du 11e mois 1918, à exactement 11 heures, cette incroyable boucherie que fut la première grande guerre prenait fin.
L’heure du bilan sonnait pour le 22e.
En tout, il avait envoyé 244 officiers et 5 675 soldats et sous-officiers sur les champs de bataille.
56% de ses officiers et 67% de ses soldats et sous-officiers y sont morts ou y ont été blessés.
Voilà de quoi se souvient Saint-Jean en ce 11 novembre.
Longtemps, ce souvenir a été renforcé par la sirène de la Singer qui, une fois par année, le 11 novembre, sonnait à 11 heures plutôt qu’à son heure habituelle.

Voilà une autre tradition disparue.

mardi 3 novembre 2015

PROTECTION FÉMININE




On a longtemps dit – et on continue de le dire dans certaines circonstances – que l’ancien Code civil du Québec nuisait considérablement aux femmes mariées et les réduisait au statut de pupille de leur mari.

Quoi qu’il en soit, Dame Hermine Labrice de Kérouac, épouse Corriveau, a su démontrer que ce statut pouvait être exploité.

Mariée en séparation de biens, Madame Corriveau est notamment propriétaire de vastes terres dans le district d’Iberville, terres où elle a considérablement investi pour en augmenter l’agrément et dont elle a loti une bonne partie à des fins de spéculation foncière.

Dans les faits, bien qu’elle soit la propriétaire de tout cela, elle en laisse l’entière gestion à son mari.

Dans le cours de ces affaires, elle emprunte 4 000 dollars à la compagnie Trust and Loan Company of Canada en février 1897 et consent une hypothèque en  garantie.

L’échéance étant survenue et aucun remboursement n’ayant été effectué, la compagnie créancière a intenté une poursuite qui a successivement été entendue par divers tribunaux avant d’aboutir au Conseil privé de Londres[1].


Et là, le 3 novembre 1903, la Dame Corriveau se trouve libérée de sa dette.

Elle a en effet affirmé que l’emprunt n’était pas destiné à embellir son domaine, mais à payer les dettes de jeu de son mari.

Or, le Code civil interdit aux femmes mariées en séparation de bien de s’engager au profit de leur époux.


Le prêteur aurait dû s’enquérir de la nature de l’emprunt avant de le consentir.

Il ne l’a pas fait, tant pis pour lui…

On peut parier qu’avec la nouvelle égalité, ce truc ne passerait plus.






[1] The Trust Loan Company of Canada v Gauthier and others (Quebec) [1903] UKPC 60 (3 November 1903).

mardi 27 octobre 2015

DES SOUCIS DE VOIE FERRÉE





Ce n’est pas d’hier que Saint-Jean se soucie des voies ferrées et des trains qui traversent son territoire.



Au 19e siècle, c’est la capacité de la ville de lever des impôts sur les infrastructures d’une compagnie ferroviaire qui retient l’attention.



La compagnie Central Vermont, dans la déclaration de biens pour fins d’évaluation municipale, a négligé de déclarer son pont sur le Richelieu de même que les rails posés sur ce dit pont.



Constatant cette infraction, la ville de Saint-Jean a voulu saisir les biens de la compagnie afin de se faire payer.



La compagnie a alors saisi la Cour supérieure, qui a donné raison à Saint-Jean, tout comme la Cour d’appel.



En revanche, la Cour suprême a renversé ces deux décisions et cet arrêt a même été confirmé par le Conseil privé de la puissance impériale[1].


Les représentants de Saint-Jean ont alors eu un commentaire tout à fait pertinent : la Cour supérieure et la Cour d’appel, deux tribunaux francophones, de même que les deux juges dissidents de la Cour suprême, eux aussi francophones, ont donné raison à la municipalité tandis que les autres juges, tous anglophones, ont décidé de limiter la capacité fiscale des municipalités québécoises…

Rien de nouveau sous le soleil, dirait-on...






[1] The Corporation of the Town of St. John and another v The Central Vermont Railway Company (Canada) [1889] UKPC 43 - (25 july 1889)


mardi 20 octobre 2015

UN GÉNIE OUBLIÉ



Saint-Jean et sa région, c’est bien connu, ont fourni au Québec de belles moissons de femmes et d’hommes notables.

Songeons à Rina Lasnier,
Rina Lasnier
 aux sœurs Grégoire
et à Yvonne Labelle en littérature puis à Honoré Mercier et Félix-Gabriel Marchand en politique, notamment.


Réputés de leur vivant, ces personnages ont bien souvent œuvré à bâtir eux-mêmes leur notoriété.

D’autres personnes, plus pudiques, ont préféré l’anonymat, même quand leur œuvre tenait au génie.

Ce fut le cas de Georges Edmond Tremblay, un sculpteur de première force à qui nous devons des œuvres inoubliables – mais souvent attribuées à autrui.

Né en 1878 à Cap-à-L’aigle, dans Charlevoix, G.E. Tremblay reçut sa formation au Vermont avant de s’installer dans la 9e avenue, à Iberville en 1907.

Là, son talent est vite remarqué par le grand sculpteur Alfred Laliberté, lequel décroche de nombreux contrats pour des monuments publics ou privés.

Le problème de Laliberté, c’est qu’il est très habile dans le modelage de ce qui deviendra statue de bronze, mais qu’il n’entend rien à la sculpture sur pierre.

Or, le granit et le marbre sont justement les points forts de Tremblay.

« À Laliberté le métal, à Tremblay la pierre. »

Ainsi naît une association de longue durée qui nous vaudra notamment la statue du Sacré-Cœur à Charlesbourg (1913), le monument de Dollard des Ormeaux à Carillon (1919) et celui de Dollard au Parc Lafontaine de Montréal (1920),
Parc Lafontaine

le monument du Curé Labelle à Saint-Jérôme (1924)
Bas reliefs ornant le piédestal de la statue du Curé Labelle à Saint-Jérôme
 


et le monument aux Patriotes au Pied-du-Courant à Montréal
ainsi que celui à Saint-Denis (1926).


Tous réalisés de concert avec Laliberté, on a tendance à les attribuer en totalité à ce dernier alors que la partie pierre – toujours excellemment réussie – est entièrement due à Tremblay.

Et son talent serait responsable de sa mort, car travaillant sans masque, il a été perpétuellement exposé à la poussière de ses matériaux.

Le 8 février 1939, à 61 ans, les poumons empoisonnés, il succombait à la silicose.

Difficile, de nos jours, de comprendre pourquoi un artiste si accompli a sombré dans un tel oubli.

Il est grand temps de le réhabiliter, en tout cas, et de lui réserver une place de choix dans notre panthéon.

mardi 13 octobre 2015

PERTE GÉANTE



Le 25 septembre 1900 mourait Félix-Gabriel Marchand, premier ministre du Québec, député de Saint-Jean et fondateur du Canada-Français.
C’est peu de dire que ce décès est durement ressenti à son journal, lequel, dès l’édition suivante, le 12 octobre, publie de pleines pages de louanges.
La Une est presque entièrement recouverte des coups d'encensoir publiés par divers autres journaux et le rédacteur a pris bien soin d’y faire alterner des citations tirées de journaux libéraux (de la famille de Marchand, donc) avec celles tirées de feuilles conservatrices.
C’est ainsi que le lecteur est invité à lire l’éloge funèbre en passant notamment de La Vérité


à La Presse (journal conservateur)

en passant par le Daily Telegraph

 et Le Soleil

Tous disent : « Le premier ministre est mort, vive le premier ministre. »

jeudi 8 octobre 2015

COMMUNICATION SPÉCIALE : UNE CONFÉRENCE SUR LES ACADIENS


Fidèle à son mandat, la SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DU HAUT-RICHELIEU offre régulièrement des conférences gratuites pour éclairer divers pans de notre passé collectif.
 


Dans cette foulée, la Société organise mardi prochain, 13 octobre 2015, à 19 heures 30, une conférence sur LES DÉPORTATIONS DES ACADIENS ET LES ARRIVÉES DES ACADIENS AU QUÉBEC ENTRE 1755 ET 1775.

À cette occasion, André-Carl Vachon, auteur et conférencier chevronné, lancera un coup de projecteur sur les diverses vagues de déportation ayant affligé les Acadiens du fait des envahisseurs anglais.
Originaire de Saint-Fabien-de-Panet, André-Carl Vachon est descendant des Acadiens s’étant réfugiés dans la première petite Cadie québécoise.
Il a obtenu un baccalauréat en enseignement religieux à l’Université de Montréal en 1996 et un certificat en histoire à l’UQÀM en 2005. 
Il a enseigné à la Commission scolaire des Hautes-Rivières entre 1996 et 2004 et au Collège Jean-Eudes  de 2004 à 2009. 
Depuis, il est animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire au Collège Jean-Eudes.



Conférence :    Les déportations acadiennes – Les arrivées des    Acadiens  au Québec entre 1755 et 1775
Conférencier : André-Carl Vachon
 Lieu :              Bibliothèque de généalogie
                       
                         Société d’histoire du Haut-Richelieu
                       
                         203, rue Jacques-Cartier Nord
                       
                         Saint-Jean-sur-Richelieu
Date :               Le mardi 13 octobre à 19 heures 30