mardi 4 février 2020

RAOUL BLANCHARD CHEZ NOUS...


Jusque dans la première moitié du 20e siècle, on peut aisément prétendre que la géographie – comme discipline et comme enseignement – était à peu près inexistante au Québec.
 
Il a fallu que le grand géographe français Raoul Blanchard s’intéresse à nous, vienne régulièrement mener des explorations systématiques du territoire et publie – dans ses études canadiennes (6 tomes) – le résultat de ses recherches.

Ces études ont connu un tel succès que Blanchard est unanimement reconnu comme l’un des initiateurs de la géographie québécoise.

C’est exactement l’opinion du Canada français du 1er février 1940…



Mais le journal en parle surtout parce que la dernière publication du maître porte sur la Plaine de Montréal et parle donc de Saint-Jean par la même occasion.

Et là, les paroles de Blanchard paraissent tellement justes que l’hebdomadaire n’hésite pas à publier une longue citation sur l’affrontement entre la métropole et Saint-Jean…

Le futur juge Jean Frédérick, qui signe cette recension, se montre toutefois plus optimiste que Blanchard et se dit confiant que Saint-Jean a tous les atouts nécessaires pour exister et progresser encore longtemps.

80 ans plus tard, c’est lui qui semble avoir eu raison.

mardi 28 janvier 2020

LA DANSE DES POIVROTS



En ces petites heures du 25 janvier 1910, la vie est belle pour ces 3 ivrognes – 2 hommes et une femme – qui chantent à tue-tête dans les rues de Saint-Jean.

Ils font, en fait, un tel tapage qu’un citoyen de la rue Champlain, ennuyé d’avoir été réveillé par ce boucan, appelle la police.

3 gendarmes sont immédiatement dépêchés sur place, ce qui fait tout de suite fuir  la dame.

Quant aux deux hommes – des militaires de la garnison de cavalerie – ils se mettent en position de défense et luttent à coups de fouet contre leur arrestation.

Peu solides sur leurs jambes, cependant, ils sont rapidement maîtrisés, arrêtés et menés au poste.

Quant à la dame, connue sous le nom de Ruby Pendleton, sa fuite a alerté un autre policier qui passait par là et elle fut immédiatement appréhendée elle aussi.

Elle avait d’autant plus attiré l’attention qu’elle avait déjà un casier judiciaire bien garni, notamment pour des faits de vagabondage, justement.

Eu égard à ses antécédents, elle écopa d’une amende de 50 dollars[1] et de 6 mois de prison.

Quant aux deux militaires – Hilaire Osborn et Benjamin Hartland -  le juge fut plus clément à leur égard et se contenta de leur infliger une peine d’un mois de prison même si, en plus de leur vagabondage, ils avaient résisté à leur arrestation.

Le féminisme n’était pas encore passé par là.


[1] Ce qui correspond à une amende de plus de 1 000$ en monnaie de nos jours

mardi 21 janvier 2020

LA FUSION


Canada français, 21 janvier 1970

Ça y est.  Depuis le temps qu’on en parle, la Cité de Saint-Jean et la municipalité de la paroisse de Saint-Jean l’Évangéliste ont finalement accepté, en ce début 1970,  de fusionner.
Les négociations auront traîné en longueur, notamment parce que la municipalité de paroisse tenait mordicus à siéger au Conseil de la municipalité provisoire, ne serait-ce que pour examiner le futur projet de budget.
En effet, la paroisse, comme on l’appelle communément, a accumulé un important déficit qui dépasse les 50 000$[1], déficit qui entraînera forcément une hausse des impôts fonciers locaux.
Il s’agit de tout faire pour que l’odieux de cette augmentation ne retombe pas trop sur l’ancien conseil.
Cet obstacle a finalement été levé, le 19 janvier,  et les deux conseils, chacun de son côté, ont adopté une résolution demandant à Québec de formaliser la fameuse fusion.
Dès ce moment, les choses se déroulent rondement et le gouvernement adopte, le 11 mars suivant, le décret 1046 promulguant la fusion des deux entités sous le nom, non plus de cité mais sous celui de Ville de Saint-Jean.
Il y est prévu que des élections générales se tiendront dès le mois de novembre suivant et que la nouvelle ville prendra à sa charge les dettes des deux entités précédentes.



[1] Équivalant à plus de 328 000 $ de nos jours.

mardi 14 janvier 2020

UNE EXCLUSIVITÉ DE SAINT-CYPRIEN



La consultation de la célébrissime Flore Laurentienne du Frère Marie-Victorin et collaborateurs amène fréquemment des surprises.


Il est bien connu, par exemple, que le genre crataegus, qui regroupe les aubépines (aussi connues sous le nom de cenelliers), présente des difficultés de classification hors du commun.

Le grand Jacques Rousseau, l’un de nos plus importants scientifiques, s’y est attaqué pour le compte de la Flore et on peut parier qu’il y a plusieurs fois perdu patience.

Mais, chose intéressante pour nous, il existe à Saint-Cyprien et dans l’ancien comté électoral de Napierville une espèce d’aubépine, l’aubépine flexible (crataegus lenta), qu’on ne retrouve nulle part ailleurs au monde sauf dans quelques endroits du Michigan.

Il s’agit d’un arbre qui peut atteindre 8 mètres de haut et qui, contrairement à nombre d’autres aubépines, porte peu d’épines.

 Il offre également de nombreux fruits rouges à pâte farineuse orangée appréciée des oiseaux, mais moins des humains…

Cette exclusivité n’est pas banale et pourrait servir d’emblème floral à une municipalité de la région.

Saint-Cyprien a déjà choisi la gaillarde (Gaillardia x grandiflora) pour le représenter; l’aubépine flexible demeure donc disponible pour les alentours…

mardi 7 janvier 2020

FORT LENNOX : PREMIÈRE ÉCOLE DE RÉFORME AU QUÉBEC



La révolution industrielle du 19e siècle provoque un chambardement complet de la famille traditionnelle et nombre d’enfants et de jeunes adolescents sont laissés à eux-mêmes avec comme seule ressource le chapardage et les petits vols.

Pour tâcher d’enrayer le phénomène, l’État adopte, en 1857, une loi qui prescrit l’ouverture, au Fort Lennox de l’Île-aux-Noix, de la première école de réforme du Québec.

Abandonnée par les militaires et n’ayant plus aucune valeur stratégique, la construction semble idéale pour tenter cette nouvelle expérience de réforme sociale.

Il s’agissait en effet d’enfermer les enfants loin des criminels adultes afin d’éviter de les endurcir dans l’illégalité.

Toutefois, le tout s’avérera très rapidement un échec total.

Les bâtiments si solides sont totalement inadaptés à l’enfermement et le personnel peu qualifié recourt plus souvent aux châtiments corporels qu’à la compréhension et à l’incitation.

Il en résulte donc de très nombreuses évasions.

De plus, on enferme ensemble sans distinction les jeunes criminels endurcis et les néophytes, les filles et les garçons, les francophones et les anglophones, les catholiques et les protestants.

Bref, les sujets de discorde et d’affrontement ne manquent pas.

À peine 5 ans plus tard, en 1862, on juge l’expérience désastreuse et le centre de détention est fermé.

Ceci ne met pas fin à l’aventure des écoles de réforme pour autant, car celles-ci ne seront supprimées qu’en 1950 par la Loi relative aux écoles de protection de la jeunesse.