mardi 8 mars 2016

DOUBLE COLLISION FERROVIAIRE?





Est-il écrit que Saint-Jean aura toujours des aventures saugrenues avec les voies ferrées qui le traversent ?

L’incident du 8 janvier 1901 pourrait en tout cas le laisser penser.

Ce jour-là, un train de marchandises s’approche de la ville lorsque son conducteur aperçoit une locomotive seule venant à grande vitesse à sa rencontre sur la même voie.

Il applique immédiatement les freins d’urgence mais – oh étonnement - ils n’ont pas été entretenus depuis belle lurette et ne fonctionnent guère.  C’est à peine s’ils arrivent à provoquer un léger ralentissement.

En revanche, l’autre conducteur comprend qu’il n’a plus le temps de freiner et décide de faire machine-arrière.

Résultat :  la collision a bien lieu, mais sans provoquer de dommages réels.

Les deux conducteurs descendent de leurs engins pour venir se féliciter lorsque la locomotive seule, toujours sous la commande de machine-arrière, repart de reculons à grande vitesse en direction de Saint-Alexandre, Saint-Alexandre d’où arrive justement un grand convoi de marchandises…

L’inquiétude est grande et on prévoit une énorme catastrophe lorsqu’on se rend compte que la locomotive, faute d’avoir reçu de nouvelles pelletées de charbon, a manqué de vapeur et s’est quasi arrêtée d’elle-même.

On en est encore quitte pour une vaste frayeur.

L’histoire ne dit pas quelles leçons ont été tirées de ces graves incidents.

mardi 1 mars 2016

AU TEMPS DES DILIGENCES


De par sa position géographique, Saint-Jean s’est dès le départ trouvé au cœur de divers réseaux de transport.

Ainsi, dès 1792, un service de transport de passagers par diligence est offert entre Laprairie et Saint-Jean et, déjà en 1799, la liaison s’étend jusqu’à Montréal où une correspondance est offerte jusqu’à Québec.

En 1807, par ailleurs, le trajet Boston-Montréal est offert avec arrêt à Burlington, au Vermont, passage du lac Champlain par bateau jusqu’à Saint-Jean et transport par diligence jusqu’à Laprairie.

Ces services connaissent du succès jusqu’à l’arrivée de la voie ferrée Saint-Jean-Laprairie qui couvre la distance en « tout confort » en 45 minutes contre 7 heures dans grande incommodité par route défoncée.

Dès lors, les diligences commencent à être de plus en plus délaissées.   

Déjà la liaison Montréal-Québec avait énormément souffert de la concurrence de la navigation à vapeur et voilà maintenant que dès les années 1850 la voie ferrée s’étend jusqu’à Albany dans le New York et jusqu’à Burlington.

Le marché se refermant inexorablement, le modèle d’affaire doit changer et les conducteurs rabattent les passagers vers les gares ferroviaires ou maritimes et desservent dorénavant les arrière-pays peu peuplés et non-rentables pour le train ou le navire.

L’agonie s’aggrave encore, en 1904, avec l’apparition des
premières voitures automobiles et d’un service d’autocar entre Saint-Lambert et Saint-Jean, service qui vient encore sabrer dans la clientèle des voituriers.

Ne restent alors que quelques irréductibles qui refusent d’abandonner leur mode de vie : ils offrent dans quelques agglomérations un service de taxi.

Les derniers disparaîtront en 1940, mettant un terme à une aventure qui aura quand même duré près d’un siècle et demi.

mardi 23 février 2016

IL Y A 150 ANS - LES FÉNIENS





En Irlande, l’occupation britannique est aussi lourde qu’au Canada français.

Mais, au 19e siècle, des Irlandais décident d’agir et de prendre leur destin en main.

Solidement installés aux États-Unis, ils fondent le mouvement Fénien avec la volonté de saisir le Canada – dernière colonie britannique en Amérique du Nord – et d’échanger celle-ci contre la libération de leur pays.


En 1866 – il y a 150 ans – ils lancent une offensive dans la région de Saint-Armand et de Frelighsburg.

L’attaque est un échec, mais elle sert à inquiéter les frontaliers et à les placer sur le qui-vive.

À Saint-Bernard-de-Lacolle, le Curé Labelle, futur apôtre de la colonisation, se charge de l’entraînement de la milice afin de la préparer à « de brillants exploits » afin de protéger la « terre de nos aïeux ».

Il se procure même un clairon de grande taille pour scander les exercices des recrues.

En fait, sa maîtrise approximative de l’instrument, jointe à l’ennui de la marche au pas, pousse quelques jeunes hommes à pénétrer subrepticement dans le presbytère et à endommager le clairon au-delà de toute réparation possible, mettant ainsi un terme à la vocation du célèbre instructeur.

L’incident aura peu de conséquences, car, dans les faits, les Féniens n’inquiéteront jamais sa paroisse.

Ils tenteront cependant, en 1870, un second assaut à Frelighsburg et à Huntingdon, mais sans plus de succès.

Entretemps, en 1868, ils auront assassiné Thomas D'Arcy McGee, jugé comme traître parce qu’il prêchait l’union des Irlandais et des Anglais pour conclure la confédération canadienne…

mardi 16 février 2016

RONA





Rona – l’un des joyaux de nos entreprises marquantes et rayonnantes – vient de jeter la serviette et de se laisser avaler par un concurrent étranger…

Pourtant !   

Pourtant, il y a à peine 10 ans, en février 2006, Rona continuait son ascension ambitieuse en mettant la main sur Matériaux
Coupal, un groupe spécialisé dans la vente de matériaux de construction à l’industrie de l’habitation de la grande région métropolitaine de Montréal.

La compagnie Matériaux Coupal a  été fondée en 1914 à Henryville par Orpha Coupal.
Orpha Coupal

Lors de sa vente, elle exploitait neuf points de vente :  Henryville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Lambert, Vaudreuil, Napierville, Pierrefonds, Granby, Laval et L’Assomption et employait plus de 540 personnes.

En 2005, Coupal pesait  - en ventes - près de 125 millions de dollars.

Elle exploitait également deux usines de fabrication de fermes de toit, de poutrelles et de murs préfabriqués,  à Granby et à Saint-Lin-des-Laurentides, de même qu’une usine de finition intérieure à Granby.

C’est comme si Rona avait facilité l’expansion, chez nous, d’une multinationale étrangère en achetant tout ce qui était achetable – avant de se vendre…

mardi 9 février 2016

QUERELLE D’ANCÊTRES

Au Québec, les deux plus anciens journaux encore en circulation sont respectivement le
Courrier de Saint-Hyacinthe, fondé en 1853 et où Honoré Mercier a fulminé ses dénonciations contre le projet de confédération, et le
Canada Français, fondé par Félix-Gabriel Marchand, en 1893, mais qui fait remonter sa naissance à 1860 grâce à sa fusion avec le Franco-Canadien, né à cette date…



Tous deux étaient officiellement des feuilles « libérales », mais le Courrier était nettement plus « rouge » que le Canada français et défendait des positions nettement plus avancées, notamment en matière d’indépendance envers le clergé catholique.

Et, le 8 février 1896, cette « nuance » a valu au Courrier une philippique d’une rare vigueur de la part du Canada Français.


Accusé de voltairianisme – grave accusation au 19e siècle québécois – le Courrier est également accusé de s’abreuver aux pages de journaux révolutionnaires et anticléricaux français tels « Le Père Duchêne », « l’Intransigeant » et « La Lanterne* ».

Lancer des telles dénonciations n’a rien d’innocent en une période où les ultramontains tiennent le haut du pavé politique et tâchent de tout leur poids d’imposer les autorités catholiques au-dessus du gouvernement démocratiquement élu.

Pas même besoin de connaître la teneur de l’article à l’origine de cette diatribe colorée pour comprendre que le torchon brûlait ardemment dans le « giron libéral » à la fin du 19e siècle.

Assez curieusement, la colère semble avoir été si intense que le journal est daté du vendredi 8 février 1896 alors que le 8 février 1896 était en réalité un samedi…


______________________
*On peut noter que «La lanterne» était également le titre d'un journal publié par Arthur Buies, autre bête noire des ultramontains.