mardi 24 juillet 2018

UN SKIDOO INCONNU





Comme chacun sait – ou croit savoir – le Ski-doo est né en 1959 dans l’entreprise Auto-Neige Bombardier Limitée créée par le célébrissime J. Armand Bombardier.
J. Armand Bombardier


Toujours officiellement, le nom ski-doo est attribuable à la compagnie chargée du lancement de l’appareil et qui a mal lu le nom choisi par son créateur, c'est-à-dire Ski-dog.


Or, s’il faut en croire le Canada français du 24 juillet 1908, le nom Skidoo existait déjà à cette époque lointaine.



Alors, le Skidoo était un yacht de belle allure appartenant au Docteur A. Cheval de Saint-Hilaire de Rouville.


Le Canada Français en parle, car nous sommes en pleine période des fêtes du Tricentenaire de Québec et le Richelieu s’est rempli de voiliers et d’embarcations diverses se dirigeant à toute vitesse vers la vieille capitale.


1908, c’est très longtemps avant le lancement de la motoneige…


Mais on trouve la trace d’au moins un autre navire portant le même nom.


Il s’agit dans ce cas d’un sloop conçu par Olin Stephens (1908-2008), un dessinateur étatsunien de navires de toutes sortes, et notamment de yachts de course.


Voilà une petite énigme que nos lecteurs sont invités à fouiller :  Armand Bombardier connaissait-il ce nom de yacht lorsqu’il a baptisé sa motoneige ?

mardi 17 juillet 2018

NOTRE DÉPUTÉ CONTRE L’EMPIRE


Source : http://www.bailii.org/uk/cases/UKPC/1901/1901_63.html

En 1901, l’inconcevable se produit : le comité judiciaire du Conseil privé de Londres – c’est-à-dire le tribunal de dernière instance de l’empire britannique – décrète qu’une compagnie de chemin de fer ne peut pas être tenue responsable des incendies allumés le long de la voie par les étincelles projetées par ses locomotives.
Cette cause avait été intentée par un dénommé Roy – un cultivateur dont la grange avait été détruite par un incendie déclenché par le passage d’un train de la compagnie du Canadien Pacifique.
Monsieur Roy avait eu gain de cause en Cour supérieure et en Cour d’appel au Québec, mais ces deux jugements avaient été renversés par les juges britanniques qui avaient décidé d’appliquer la loi britannique plutôt que le Code civil du Québec.
Ne faisant ni une ni deux, le député fédéral
Source : Wikipédia
de Saint-Jean – Louis Philippe Demers – dépose immédiatement à Ottawa un projet de loi pour corriger cette iniquité.
Il ne pouvait en effet pas se résigner à condamner ainsi les cultivateurs riverains de la voie ferrée à voir leurs maisons, leurs granges ou leurs clôtures ravagées par les flammes sans même pouvoir réclamer compensation.
Son projet de loi a fini par être adopté par Ottawa en 1903, ce qui a poussé le Canada Français du 17 juillet 1903 à y voir UNE BONNE LOI…

mardi 10 juillet 2018

PÈRE EDMOND... ESCROC



Philippe-Honoré Roy[1] n’est pas le seul escroc qu’ait connu Henryville...

Le Canada français du 10 juillet 1908 nous rappelle le passage d’Edmond Lacombe.

Instituteur dans l’arrondissement N° 5 de Henryville, Lacombe se promenait en soutane, se faisait appeler Père Edmond, Marie de Jésus et prétendait pouvoir, par la seule force de ses prières, guérir tous les maux.

Hélas !  Au lieu d’inspirer la saine méfiance qu’une telle attitude aurait dû susciter, il attirait les malheureux que la médecine de l’époque n’arrivait pas à soulager.

Ayant généreusement tarifé ses oraisons, il avait réussi à s’amasser un magot considérable, mais le doute avait commencé à s’installer dans la population car les guérisons promises tardaient à survenir.

C’est alors qu’il avait entrepris de terroriser ses élèves, les menaçant de sanctions et de sévices s’ils ne confirmaient pas ses pouvoirs miraculeux.

Les élèves s’en plaignirent et les parents – très en colère – s’apprêtaient à lui faire un mauvais sort, mais l’arnaqueur avait senti la chaleur et il réussit à s’échapper avec ses gains.



On perdit ensuite sa trace et l’évêché confirma qu’il ne faisait nullement partie du clergé.



[1] http://histoirehautrichelieu.blogspot.ca/2016/01/le-mouton-noir-de-henryville.html

mardi 3 juillet 2018

À LA NAGE… EN 1690





Nous sommes en juillet 1908 et Québec s’apprête à célébrer le tricentenaire de sa fondation.

Le Canada Français saisit cette occasion de rappeler une victoire célèbre remportée à Québec contre l’envahisseur anglais.

On connaît l’épisode.

En 1690, entièrement imbu de la suffisance britannique, William Phips, commandant d’une considérable flotte d’invasion, envoie au gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac, un émissaire chargé d’exiger sa reddition sans condition.

La réplique de Frontenac ne se fait pas attendre :  « Je vous répondrai par la bouche de mes canons. »

Peu de temps après, un coup de canon bien ajusté fait tomber dans le fleuve de drapeau du navire amiral de Phips.

Immédiatement, un intrépide Québécois se jette à l’eau et va chercher cette prise hautement symbolique…

Pour faciliter la lecture, nous retranscrivons ici le texte du poème de Louis Fréchette, tiré de LA LÉGENDE D’UN PEUPLE.
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À la nage ! 

Phipps bombardait Québec.
Du haut de son nid d’aigle,
Frontenac tenait ferme et ripostait en règle.
La veille, un envoyé de l’amiral anglais
Avait, signaux en mains, pris pied sur les galets
Où du Cap Diamant l’escarpement se dresse,
Et, porteur d’un message insolent dont l’adresse
Ne dissimulait point l’orgueilleuse teneur,
S’était fait introduire auprès du gouverneur.
Celui-ci, digne et grand comme un guerrier de Troie,
Calme, avait répliqué :
– Dites à qui vous envoie
– Pas besoin, n’est-ce pas, d’en faire un parchemin –
Que mes canons français lui répondront demain ! –
Et Phipps de ses vaisseaux, Québec de ses murailles,
Échangeaient acharnés des trombes de mitrailles.
C’était un imposant spectacle en son horreur.
Le bronze inconscient, comme pris de fureur,
Dans ce cirque bordé de forêts séculaires,
Semblait de l’âme humaine emprunter les colères.
Tandis que l’assiégeant, de ces boulets rougis,
Démantelait les murs, éventrait les logis,
Et menaçait enfin de tout réduire en poudre,
La faible garnison, tonnant comme la foudre,
Criblait les lourds vaisseaux jusqu’à leur flottaison.
Enfermée au milieu de ce vaste horizon
De grands rochers à pic, de gorges ténébreuses,
De longs coteaux boisés, de montagnes ombreuses,
Dont les cent mille échos portaient jusqu’au désert
Les sauvages accords du farouche concert
Qui du fleuve grondant montaient jusqu’à leur cime,
Malgré son noir cachet la scène était sublime !
Tout à coup des vaisseaux part un cri de démon.
Du navire amiral la corne d’artimon,
Qu’a coupée un boulet bien pointé de la rive,
Avec son pavillon culbute à la dérive.
Aussitôt, à ce cri de colère éperdu
Du haut de nos remparts un autre a répondu, –
Une acclamation de triomphe et de joie...
Ce drapeau que le flot emporte, quelle proie !
Un canot du navire anglais s’est détaché ;
Mais un autre boulet juste à temps décoché,
Avant même qu’un quart de minute s’écoule,
Va lui crever le flanc, le renverse, et le coule.
– Allons ! dit Frontenac, ce drapeau c’est la croix !
Qui sera chevalier ?
– Moi ! répond une voix.
Et, dans mille bruits du vent et du carnage,
Un jeune homme s’avance et se jette à la nage.
– Bravo ! bravo ! bravo !
Maintenant tous les yeux,
Tournés vers un seul but, concentrés, anxieux,
Vont suivre désormais le tout petit sillage
Qui trahit du héros l’audacieux voyage.
Lui nage avec vigueur, tête haute, ou plongeant
Sous le feu des Anglais, qui jurant et rageant,
Pour sauver leur drapeau, de loin, sans intervalles,
Tout autour du point noir font crépiter les balles.
La vague est suffocante et le courant est fort :
N’importe ! sans faiblir, et redoublant d’effort,
L’homme rit du péril et s’avance quand même.
À de certains moments, anxiété suprême,
On n’aperçoit plus rien. Est-ce fini ?... Mais non !
Le nageur reparaît aux éclairs du canon,
Et s’avance toujours haletant et farouche
Vers le drapeau flottant.
Il l’atteint, il le touche...
– Hourra !...
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Trois jours plus tard, quand, après maint échec
Plus ou moins désastreux, du bassin de Québec
Phipps dut battre en retraite avec sa flotte anglaise,                                                   
Le drapeau prisonnier flottait sur la falaise. 

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Il faut aussi rappeler que ce drapeau fut longtemps exposé dans la chapelle Notre-Dame-des-Victoires.
En 1759, lorsque Québec fut envahi par les hordes anglaises, l’un des premiers gestes des occupants fut de récupérer le drapeau, symbole de leur honte.