mardi 10 juillet 2018

PÈRE EDMOND... ESCROC



Philippe-Honoré Roy[1] n’est pas le seul escroc qu’ait connu Henryville...

Le Canada français du 10 juillet 1908 nous rappelle le passage d’Edmond Lacombe.

Instituteur dans l’arrondissement N° 5 de Henryville, Lacombe se promenait en soutane, se faisait appeler Père Edmond, Marie de Jésus et prétendait pouvoir, par la seule force de ses prières, guérir tous les maux.

Hélas !  Au lieu d’inspirer la saine méfiance qu’une telle attitude aurait dû susciter, il attirait les malheureux que la médecine de l’époque n’arrivait pas à soulager.

Ayant généreusement tarifé ses oraisons, il avait réussi à s’amasser un magot considérable, mais le doute avait commencé à s’installer dans la population car les guérisons promises tardaient à survenir.

C’est alors qu’il avait entrepris de terroriser ses élèves, les menaçant de sanctions et de sévices s’ils ne confirmaient pas ses pouvoirs miraculeux.

Les élèves s’en plaignirent et les parents – très en colère – s’apprêtaient à lui faire un mauvais sort, mais l’arnaqueur avait senti la chaleur et il réussit à s’échapper avec ses gains.



On perdit ensuite sa trace et l’évêché confirma qu’il ne faisait nullement partie du clergé.



[1] http://histoirehautrichelieu.blogspot.ca/2016/01/le-mouton-noir-de-henryville.html

mardi 3 juillet 2018

À LA NAGE… EN 1690





Nous sommes en juillet 1908 et Québec s’apprête à célébrer le tricentenaire de sa fondation.

Le Canada Français saisit cette occasion de rappeler une victoire célèbre remportée à Québec contre l’envahisseur anglais.

On connaît l’épisode.

En 1690, entièrement imbu de la suffisance britannique, William Phips, commandant d’une considérable flotte d’invasion, envoie au gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac, un émissaire chargé d’exiger sa reddition sans condition.

La réplique de Frontenac ne se fait pas attendre :  « Je vous répondrai par la bouche de mes canons. »

Peu de temps après, un coup de canon bien ajusté fait tomber dans le fleuve de drapeau du navire amiral de Phips.

Immédiatement, un intrépide Québécois se jette à l’eau et va chercher cette prise hautement symbolique…

Pour faciliter la lecture, nous retranscrivons ici le texte du poème de Louis Fréchette, tiré de LA LÉGENDE D’UN PEUPLE.
***********************

À la nage ! 

Phipps bombardait Québec.
Du haut de son nid d’aigle,
Frontenac tenait ferme et ripostait en règle.
La veille, un envoyé de l’amiral anglais
Avait, signaux en mains, pris pied sur les galets
Où du Cap Diamant l’escarpement se dresse,
Et, porteur d’un message insolent dont l’adresse
Ne dissimulait point l’orgueilleuse teneur,
S’était fait introduire auprès du gouverneur.
Celui-ci, digne et grand comme un guerrier de Troie,
Calme, avait répliqué :
– Dites à qui vous envoie
– Pas besoin, n’est-ce pas, d’en faire un parchemin –
Que mes canons français lui répondront demain ! –
Et Phipps de ses vaisseaux, Québec de ses murailles,
Échangeaient acharnés des trombes de mitrailles.
C’était un imposant spectacle en son horreur.
Le bronze inconscient, comme pris de fureur,
Dans ce cirque bordé de forêts séculaires,
Semblait de l’âme humaine emprunter les colères.
Tandis que l’assiégeant, de ces boulets rougis,
Démantelait les murs, éventrait les logis,
Et menaçait enfin de tout réduire en poudre,
La faible garnison, tonnant comme la foudre,
Criblait les lourds vaisseaux jusqu’à leur flottaison.
Enfermée au milieu de ce vaste horizon
De grands rochers à pic, de gorges ténébreuses,
De longs coteaux boisés, de montagnes ombreuses,
Dont les cent mille échos portaient jusqu’au désert
Les sauvages accords du farouche concert
Qui du fleuve grondant montaient jusqu’à leur cime,
Malgré son noir cachet la scène était sublime !
Tout à coup des vaisseaux part un cri de démon.
Du navire amiral la corne d’artimon,
Qu’a coupée un boulet bien pointé de la rive,
Avec son pavillon culbute à la dérive.
Aussitôt, à ce cri de colère éperdu
Du haut de nos remparts un autre a répondu, –
Une acclamation de triomphe et de joie...
Ce drapeau que le flot emporte, quelle proie !
Un canot du navire anglais s’est détaché ;
Mais un autre boulet juste à temps décoché,
Avant même qu’un quart de minute s’écoule,
Va lui crever le flanc, le renverse, et le coule.
– Allons ! dit Frontenac, ce drapeau c’est la croix !
Qui sera chevalier ?
– Moi ! répond une voix.
Et, dans mille bruits du vent et du carnage,
Un jeune homme s’avance et se jette à la nage.
– Bravo ! bravo ! bravo !
Maintenant tous les yeux,
Tournés vers un seul but, concentrés, anxieux,
Vont suivre désormais le tout petit sillage
Qui trahit du héros l’audacieux voyage.
Lui nage avec vigueur, tête haute, ou plongeant
Sous le feu des Anglais, qui jurant et rageant,
Pour sauver leur drapeau, de loin, sans intervalles,
Tout autour du point noir font crépiter les balles.
La vague est suffocante et le courant est fort :
N’importe ! sans faiblir, et redoublant d’effort,
L’homme rit du péril et s’avance quand même.
À de certains moments, anxiété suprême,
On n’aperçoit plus rien. Est-ce fini ?... Mais non !
Le nageur reparaît aux éclairs du canon,
Et s’avance toujours haletant et farouche
Vers le drapeau flottant.
Il l’atteint, il le touche...
– Hourra !...
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Trois jours plus tard, quand, après maint échec
Plus ou moins désastreux, du bassin de Québec
Phipps dut battre en retraite avec sa flotte anglaise,                                                   
Le drapeau prisonnier flottait sur la falaise. 

***********************
Il faut aussi rappeler que ce drapeau fut longtemps exposé dans la chapelle Notre-Dame-des-Victoires.
En 1759, lorsque Québec fut envahi par les hordes anglaises, l’un des premiers gestes des occupants fut de récupérer le drapeau, symbole de leur honte.

mardi 26 juin 2018

AU TEMPS OÙ L'ÉGLISE RÉGNAIT...

En ce 28 juin 1918, le Canada français, par la plume de son correspondant à Saint-Blaise, nous décrit une scène qui s'inscrivait parfaitement dans les moeurs de l'époque, même si elle nous semble hallucinante de nos jours.

Pour ne rien perdre de la ferveur de ce texte, nous le présentons intégralement.

Il n'est malheureusement pas signé, comme ne le sont jamais ces textes contribués bénévolement au journal par des citoyens des villages concernés.



mardi 12 juin 2018

FONCTIONNAIRE VÉREUX OU MALCHANCEUX ???


 
Siège de la Banque de Saint-Jean - Source : Canada Français

La déconfiture frauduleuse de la Banque de Saint-Jean aura décidément fait beaucoup de victimes et des plus inattendues.
De là à penser qu’elle a aussi servi à cacher d’autres manœuvres douteuses, il n’y a qu’un pas.
Prenons le cas du notaire Alexandre Richardson.
Né à Saint-Rémi, il a étudié au Collège de l’Assomption avant de faire sa cléricature et de devenir notaire.

En 1903, il devient secrétaire trésorier du village de Saint-Cyprien-de-Napierville, poste qu’il occupera jusqu’en 1908, et il est remplacé dans cette fonction par le notaire Alexandre Barette à partir du mois de mars 1909.
En vérifiant les comptes, Me Barette se rend compte que Richardson doit rendre compte d’une somme de 493, 31$[1] qu’il refuse de remettre au Conseil municipal.
Richardson reconnaît bien que cette somme manque, mais affirme que c’est la déconfiture de la Banque de Saint-Jean[2] qui est responsable de cette perte.
II affirme avoir déposé ladite somme à la succursale de Napierville de ladite banque, au début du mois d’avril 1908,  tout juste avant que la banque ferme ses portes, le 28 avril, pour cause de faillite frauduleuse. 
En conséquence, il estime donc ne pas pouvoir être tenu comptable de cette perte.
Il reconnaît avoir déposé cette somme dans son compte bancaire personnel, mais n’y voit rien de répréhensible…
Tout au contraire, le Conseil municipal estime que Richardson a entrepris de s’enrichir à ses dépens et réclame le paiement intégral de la somme.
Les choses se sont envenimées, la municipalité lui a servi une mise en demeure lui enjoignant de rembourser Saint-Cyprien dans les plus brefs délais et a entamé des démarches judiciaires devant la Cour supérieure.
Les avocats s’en mêlent et finalement on en arrive à un règlement à l’amiable aux termes duquel Richardson n’accepte de payer que les honoraires de son avocat et rien de plus.
Bref, le fin mot de l’histoire demeure totalement inaccessible.
Toutefois, il faut reconnaître que la réputation de Richardson ne semble pas avoir souffert de cette algarade puisque lors de son décès, en novembre 1923, ses obsèques à l'église de Saint-Cyprien ont attiré une foule nombreuse dans laquelle on comptait le député Bouthillier, les maires de Napierville et de Saint-Rémi de même que nombre de notaires.
Le manteau de l’oubli officiel était passé par là.
P.S. Richardson a été inhumé à Saint-Rémi.





[1] Cette somme vaudrait environ 11 000 dollars, de nos jours.
[2] Voir http://histoirehautrichelieu.blogspot.ca/2016/01/le-mouton-noir-de-henryville.html

mardi 5 juin 2018

COMBIEN EN FAUT-IL ?


Grande émotion en ce premier juin 1978 à l’Assemblée nationale.
Source : Assemblée nationale
Jérôme Proulx, député de Saint-Jean et whip en chef (sorte de préfet de discipline) du Parti québécois au pouvoir, vient de déposer une proposition très contestée et il a déclenché une tempête dans les troupes d’opposition.
Constatant de forts taux d’absentéisme dans les rangs des élus, il a proposé d’assouplir les règles du QUORUM afin d’éviter que les travaux parlementaires soient bloqués simplement par le manque  du minimum de députés requis par le règlement.
Surtout, a-t-il remarqué, que les députés libéraux s’entendent pour prononcer des discours tellement soporifiques que même les députés les plus aguerris ne résistent pas toujours à l’envie pressante d’aller voir ailleurs, ce qui permet alors de soulever la question du quorum et de bloquer les travaux.
À son avis, l’Assemblée nationale doit s’adapter aux nouvelles mœurs et elle pourrait fort bien vivre avec un quorum limité à 6 pour cent du nombre total d’élus alors que le règlement exige alors un niveau de présences de 27 pour cent.
M.  Proulx explique que les institutions parlementaires québécoises sont issues de celles de l’Angleterre et que, là-bas, le quorum est justement fixé à 6%.
Il ne voit pas pourquoi l’imitation des institutions britanniques n’irait pas jusque là.
Il ajoute qu’avec son quorum, le Québec fait figure de dinosaure alors que la majorité des provinces canadiennes ont un quorum plus faible et qu’Ottawa se contente de 8%.
Autrement dit, toutes ces législatures semblent fonctionner correctement sans se corseter dans des règles exagérément coercitives.
Malgré ces bons mots, il faudra attendre 1982 pour que le règlement soit amendé et le quorum ramené, non pas à 6%, mais seulement à 17%.
RÈGLES DE FONCTIONNEMENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Les problèmes de fonctionnement ne semblaient pas aussi aigus aux autres élus qu’à M. Proulx.

mardi 29 mai 2018

QUAND NOTRE DÉPUTÉ S’OPPOSE À L’INSTRUCTION OBLIGATOIRE



Encore de nos jours, il est bien connu que bien des gens sont des illettrés fonctionnels, c’est-à-dire que même s’ils sont capables de lire les lettres des mots, ils ne saisissent que très difficilement le sens de ce qu’ils lisent.

Au début du 20e siècle, c’est l’illettrisme intégral d’une bonne partie de la population qui inquiète et on déplore vivement les forts taux d’absentéisme scolaire notés dans la population canadienne française.

C’est que presque 10 % des enfants d’âge scolaire ne mettent pour ainsi dire jamais les pieds à l’école.

 En 1919, des notables comme Édouard Montpetit, le sénateur Raoul Dandurand et une centaine d’autres ont lancé un appel pour l’imposition de l’école obligatoire, seule solution jugée capable d’assurer aux Canadiens français un avenir plus brillant.

Et pourtant…

Bien que cette idée semble aller de soi, il faudra attendre 1943 et le gouvernement d’Adélard Godbout pour qu’une loi de l’instruction publique soit finalement adoptée, et adoptée dans la controverse.

C’est ainsi, par exemple, que notre député de l’époque, le bon « bleu » Jean-Paul Beaulieu a fait une campagne tonitruante contre la loi.

À son avis, cette loi va imposer un fardeau fiscal supplémentaire aux parents, ce qui « va finir par leur faire détester l’école et prendre l’instruction en aversion ».

Il s’en prend aussi à l’imposition de sanctions aux parents qui, sans motif, gardent leurs enfants à la maison.

Bref, il mène une campagne proprement obscurantiste tout à fait déplorable.

Néanmoins, en 1945, à peine deux ans plus tard, l’Université de Montréal lui décerne un doctorat honoris causa et l’Université Laval l’imite en 1951…

Son combat contre l’instruction ne semble pas trop lui avoir nui.