mardi 3 avril 2018

DÉMOLISSONS LES VIEILLES CHOSES…




Source : Canada Français

Réuni en session régulière en ce 3 avril 1978, le conseil municipal de Saint-Jean a encore fait preuve de son insensibilité inébranlable en matière de patrimoine bâti et a voté la démolition du château d’eau qui s’élevait à l’angle des rues Longueuil et Saint-Jacques, tout près de la cathédrale.


Le seul souci des conseillers a été de s’assurer que cette démolition puisse se faire sans nuire au fonctionnement normal du système d’adduction de l’eau.


Le reste…


En notant cette décision, le Canada français ne manque pas de souligner que la disparition de ce point de repère marquant de notre ville vient s’ajouter à la perte de plusieurs autres monuments.


Au premier chef,  l’hebdomadaire déplore l’effacement de la célèbre villa Saint-Jean, réputée pour la beauté de ses lignes.


La villa Saint-Jean après l'incendie   Source : Canada Français
Cette maison tenue par les Jésuites a été abîmée par un incendie le 31 décembre 1974…


...et elle a été remplacée par un HLM où l’Office municipal d’habitation prévoyait alors d’établir ses pénates.
L'OMH tel qu'on le prévoyait    Source : Canada Français


Puis l’énumération des lieux où le patrimoine bâti s’est appauvri continue : le vieux couvent de la rue Laurier, l’hospice-hôpital pour vieillards de la rue Longueuil, l’école Dorchester…


Déjà à cette époque on préférait démolir et remplacer plutôt que de recycler et l’œuvre des ancêtres pesait peu dans la balance.


On ne peut pas dire que nous avons beaucoup évolué à ce chapitre.








mardi 27 mars 2018

DRAME À SAINT-ALEXANDRE

Source : Saint-Alexandre - 1859-2000

La population de Saint-Alexandre a toujours été fière de son couvent.

Fondée en 1867 par la communauté des Sœurs de la Présentation de Marie, l’institution a formé les jeunes filles de Saint-Alexandre et de la région pendant plus de cent ans et nombre de citoyens l’ont considérée comme leur université à eux.

D’ailleurs, quand le bâtiment a été vendu à un commerce de meubles au début des années 1980, on a continué à le désigner amicalement sous le vocable d’UNIVERSITÉ DU MEUBLE.

Mais en ce 28 mars 1983, l’heure n’est pas à la plaisanterie puisque les flammes se sont emparées des lieux et ravagent le tout avec une fureur peu commune.
 
Source : Canada français
Il faudra d‘ailleurs 6 bonnes heures de lutte aux pompiers de Saint-Alexandre, d’Iberville et de Saint-Jean pour venir à bout de l’élément destructeur et de l’empêcher de s’étendre à l’église, au presbytère et à un garage voisins.

La violence de la conflagration a été telle que rien n’a pu être conservé de l’édifice, qui est une perte totale.
 
Source : Canada français
Perte marchande, bien sûr, mais surtout perte du patrimoine et des souvenirs de nombreuses générations d’anciennes élèves qui ressentent encore durement cette disparition.

Quant au marchand, il a renoncé à rebâtir son commerce et a préféré vendre le terrain, lequel a été occupé par un mini centre commercial qui n’a guère connu le succès.

L’oubli ne venait pas facilement…

mardi 20 mars 2018

LE PREMIER COLLÈGE CLASSIQUE


L'ancienne poterie devenue collège        Source : Canada français

Ça y est !  Saint-Jean a son collège classique.
Déjà depuis le milieu du 19e siècle, les esprits éclairés clamaient à tous les vents que pour assurer son avenir spirituel, économique et culturel, l’érection d’un collège classique représente une absolue nécessité.
Et pourtant, après quelques vaines tentatives, il a fallu se rendre à l’évidence : Saint-Jean est longtemps resté un désert éducatif.
Mais en 1911, ça y est.
Le diocèse de Montréal s’est ressaisi et a décidé qu’il fallait agir.
Une vieille usine de céramique – la poterie de Macdonald – abandonnée depuis une quinzaine d’années fera l’affaire pour le début.
L'ancien collège Saint-Jean, à l'angle des rues Laurier et Saint-Georges.  Source : Canada français

Bien sûr qu’il ne s'agit que d’une installation temporaire qui sera remplacée à la première occasion… mais pour le moment il faudra s’en contenter.
Et, ils sont nombreux à s’en contenter, car dès la rentrée du 6 septembre 1911, ils sont 90 élèves à attendre en rangs le signal du début des classes.
47 autres viennent les y rejoindre en cours d’année,  confirmant que la nouvelle institution répondait à un solide besoin.
Et, cette installation temporaire… en attendant … durera ainsi jusqu’au 19 octobre 1939, date funeste durant laquelle le collège sera détruit de fond en comble par un incendie particulièrement violent.
Tout y passe – y compris les précieuses archives…
Bref, le temporaire qui s’éternisait vient de prendre fin.
Le séminaire de Saint-Jean prendra la relève et deviendra finalement le CEGEP lors de l’abolition du cours classique.

mardi 13 mars 2018

LA DIVA DE CHEZ NOUS


Olga Pawloska


En cette soirée du 14 mars 1912, la foule s’est pressée au théâtre Royal pour venir entendre la petite Irène Lévi, née à Saint-Jean en 1889 et qui est en train de devenir  une diva de l’opéra sous le nom de scène d’Olga Pawloska – nom qu’elle changera plus tard pour Irène Pavlovska.


Pour le moment, sa carrière débute à peine :  elle vient de suivre 18 mois durant des cours de chant à Francfort, en Allemagne, sous la direction de Clara Folin puis, dès son retour, elle a intégré la Compagnie d’opéra de Montréal pour la saison 1911-1912.  Son nom commence à circuler.


C'est ainsi qu'au moins 3 semaines avant son arrivée, le Canada Français annonçait son tour de chant en n’oubliant surtout pas de souligner ses origines johannaises…

Canada français, 23 février 1912

C’est donc nimbée d’un début de célébrité que la cantatrice est revenue dans sa ville natale et le succès ne lui a pas été chichement compté…
Canada Français, 22 mars 1912

Peu après ce succès, Madame Pawloska est retournée suivre des cours de chant, à Paris cette fois, avec le pianiste et baryton Edmond Duvernoy avant de faire la saison 1914-15 avec l’opéra de New York.

Puis, elle s’associera, dès 1915, avec l’opéra de Chicago jusqu’à sa retraite en 1934 sans toutefois couper les ponts avec l'opéra de New York, dont elle deviendra membre du Comité des auditions dans les années 1930.


Mezzo soprano, elle aura chanté 60 rôles en 4 langues différentes sans négliger les tours de chant avec orchestre.

Elle aura surtout été remarquée pour son interprétation du rôle de la chanteuse Musetta de La Bohême.

Elle est décédée en 1962 et est inhumée à Montréal.




mardi 6 mars 2018

VICTOIRE AMÈRE…


Canada français, 6 mars 1903

En cette fin d’hiver 1903,  l’humeur est massacrante au journal Le Canada Français.
La raison : les Canadiens français, pourtant largement majoritaires à Saint-Jean, viennent de se donner un maire anglophone.
L’homme d’affaires Charles Robert Cousins, qui siégeait déjà comme conseiller municipal depuis 13 ans, vient d’enlever la mairie.
Pour enrager encore plus la publication de feu Félix-Gabriel Marchand, le News, un concurrent anglo-protestant, fait mine de féliciter les Canadiens français pour leur remarquable ouverture d’esprit et leur générosité envers la minorité.
Le nouveau maire y est allé d’une tirade de même farine, contribuant à assombrir encore davantage l’humeur de l’éditorialiste qui ajoute « cela ne ressemble-t-il pas beaucoup aux gerbes de fleurs dont les païens couvraient leurs victimes avant de les mener au sacrifice ? »
Il conclut que ces éloges sont déplacés car la victoire ne serait attribuable qu’à « la couardise de quelques meneurs aux sentiments cosmopolites et à l’échine de caoutchouc. »
Il termine, dans la langue de Shakespeare, par un dicton bien senti : « N’en rajoutez pas une couche. »

mardi 27 février 2018

QUAND LE SEIGNEUR FAIT DE LA TERRE...


Manoir construit pour W. P. Christie à Iberville - Source : Culture et Communications Québec


Au début du 19e siècle, les seigneuries riveraines du Richelieu appartiennent toutes à William Plenderleath Christie, le bâtard du général Gabriel Christie.

La plupart présentent la désagréable particularité d’être couvertes de marais et d’être souvent inondées, ce qui complique les relations avec les censitaires qui exigent des remises de rentes ou de n’être taxés que pour les superficies réellement exploitables. 

Pour compenser ces pertes, W. P. Christie demande au gouvernement d’occupation militaire de lui accorder des terres supplémentaires ailleurs. 

N’étant pas de la bonne coterie, sa requête lui est refusée.

Il décide alors de tenter une expérience de drainage. 

Au centre de la seigneurie, dans le territoire de Saint-Valentin (Stottsville, à l’époque) se trouve un petit lac et des terres voisines fort humides qui empêchent toute exploitation.

En 1837, Christie commande donc une étude de faisabilité et charge son bras droit – William McGinnis – d’embaucher la main d’œuvre nécessaire.

Il faut même dire « importante main d’œuvre », car l’œuvre entreprise est colossale :  creuser jusqu’au petit ruisseau Bleury (affluent du Richelieu) un fossé de 3 kilomètres de long, large de 2,4 mètres et profond de 1,4 mètre.

Il a même fallu surcreuser à certains endroits, mais, au final, ce sont environ 8 000 arpents qui ont pu ainsi être récupérés.  

Or, 5 000 de ces arpents étaient déjà concédés et faisaient donc partie de la censive.  

Tant que ces terres étaient inondées, elles ne rapportaient pas de revenus et, une fois drainées, elles ne lui procuraient que £100. 

Il s’agissait d’une bien piètre compensation pour tant d’efforts et d'investissements.  

Christie s’est alors mis à compter sur les 3 000 autres arpents pour se renflouer. 

Il a d’abord baptisé ce nouveau domaine Lakefield (nom qui subsiste de nos jours comme lieu-dit).

Puis, comprenant que se contenter de le donner en censive ne serait pas  rentable, il forme le projet de transformer la tenure de ces terres en franc et commun soccage, c’est-à-dire en terres libres, dégagées du régime seigneurial et susceptibles d’être vendues en pleine propriété.

N’appartenant toujours pas à la bonne coterie, il essuie un nouveau refus.
 
Mission Feller vers 1840 - Source : http://www.rossierfamily.net/feller_institute.html
Il décide alors de prendre des mesures pour que ces terres profitent à la mission Feller de la Grande Ligne de Saint-Blaise, mission qu’il encourage dans l’espoir de « protestantiser » et « angliciser» ses censitaires canadiens-français.

Se ravisant par la suite, il léguera le tout à son épouse Amélia Bowman.

Voilà comment un petit lac connut une longue histoire.