mardi 2 août 2016

LE SEIGNEUR INÉLÉGANT




À Saint-Bernard de Lacolle, tout près de la frontière, subsistaient encore, il y a quelques années, les ruines du magnifique manoir Hoyle.

Construit luxueusement en 1825 au sein d’un magnifique et opulent domaine, le manoir était le fruit d’une crapuleuse captation d’héritage…

Henry Hoyle, un Anglais récemment débarqué aux États-Unis de son Lancashire natal, s’était empressé de séduire la riche veuve Schuyler, née Visscher (cousine de Martin Van Buren, 8e président des États-Unis (1837–41)).

L’ayant épousée pour son argent, en 1816, il eut le malheur d’apprendre que, dans les faits, la fortune familiale appartenait aux enfants du premier mariage.

Peu enclin à se laisser arrêter par des subtilités légales, il s’empressa de falsifier divers documents pour évincer leur tuteur et se substituer à lui.

Ceci réalisé, il jugea plus prudent de quitter les États-Unis et de s’installer tout juste de l’autre côté de la frontière internationale.


Là, il fit ériger « Rockcliffe Wood », aménagea autour un joli parterre et y conserva une riche collection d’objets rares.

Il acheta même l’usufruit de la seigneurie de Lacolle et éleva, de son propre chef, « Rockcliffe Wood » au rang de « Manoir de Lacolle ».

De là, il gérait ses affaires, dont notamment la contrebande de bovins qu’il achetait à bas prix aux États-Unis avec son frère Robert, député de L’Acadie, et qu’il revendait fort cher aux troupes britanniques d’occupation au Bas-Canada.

Lorsqu’il mourut, en 1849, l’imbroglio qu’il avait exploité déclencha une série de poursuites judiciaires particulièrement acrimonieuses.

Le domaine fut acheté par le Crédit foncier en 1902 et a connu diverses vicissitudes.

Passant d’un propriétaire à un autre, peu entretenu, abandonné sans défense aux ravages du temps et des éléments, il était déjà devenu une ruine lamentable dans les années 1980.


Il fut carrément rasé en 2013.

mardi 26 juillet 2016

JUDAS ISCARIOTE À SAINT-JEAN



En cette fin de 19e siècle, les partis politiques ont encore la cote et ils n’hésitent pas à organiser des cérémonies grandioses pour célébrer leurs candidats.

Ainsi en est-il, ce samedi 25 juillet 1896.

Wilfrid Laurier
Wilfrid Laurier a remporté les élections fédérales du mois de juin précédent et il vient maintenant appuyer, à Saint-Jean,  son candidat Israël Tarte.

Ce dernier a été battu dans le comté de Beauharnois alors il vient tenter sa chance dans Saint-Jean et Iberville à l’élection du 3 août…

Israël Tarte
Malgré tous les flonflons officiels, malgré la présence des Libéraux notoires et influents et malgré la bonne humeur rituelle, la candidature de Tarte provoque de nombreuses indignations.

Cela se comprend, car Tarte est l’un des plus convaincus vire-capots qui puissent s’imaginer.

Il a été successivement conservateur, pro-ultramontains, anti-ultramontains et il redeviendra tout cela avant la fin de sa vie.

Pour l’instant, il se déclare libéral avec Laurier et c’est la raison pour laquelle ses anciens associés ne l’appellent plus que « Judas Iscariote », du nom de l’ami de Jésus qui l’avait vendu aux forces de l’ordre.

Il sera néanmoins élu et tout de suite nommé ministre fédéral des travaux publics, ce qui lui permettra notamment de favoriser le raccordement des voies ferrées de l’Intercolonial à celles du Grand Tronc via le chemin de fer du comté de Drummond. 


Ce qu’il y a d’intéressant dans cela c’est que le propriétaire du chemin de fer de Drummond, James Naismith Greenshields, avait déjà donné 20 000$ à Tarte pour lui permettre de s’offrir le journal La Patrie…

Il va aussi négocier l’abandon, par le Manitoba, de son obligation constitutionnelle d’offrir l’enseignement catholique et français aux élèves de la province…

Décidément, les électeurs de Saint-Jean Iberville avaient choisi tout un lot.

Même Laurier s’en rendra compte et, en 1902, il congédiera Tarte.

Sans se laisser démonter, ce dernier reviendra aux Conservateurs et sera leur principal organisateur politique en 1905.

Mais tous ces revirement imposent un lourd tribut et, le 18 décembre 1907, à l’âge de 59 ans, il décède... sans susciter grand peine.

mardi 19 juillet 2016

MEURTRE OU SUICIDE?




Le 13 juillet 1901, le cadavre d’une jeune fille est découvert flottant dans le canal devant l’Île Sainte-Thérèse.


On constate rapidement qu’il s’agit de Theresa Macdonald, une servante à l’emploi de Me P.A. Chassé de la rue Saint-Charles, à Saint-Jean.


Là-dessus, les médias, ceux de Saint-Jean et ceux de Montréal, s’enflamment.


Pour certains, il s’agit d’un suicide alors que pour d’autres, seul le meurtre peut expliquer tous les faits.


Or, ces faits sont difficiles à établir.


Le 9 juillet précédent, la jeune Theresa a participé à une excursion festive sur le «Majestic», un vapeur commandé par le capitaine Ben Naylor de Noyan et qui, à l’époque, assurait notamment la liaison Lacolle-Île-aux-Noix (40¢ aller-retour).
Le «Majestic» du capitaine Naylor.


Ce jour-là, la fanfare de Saint-Jean était à bord et tous étaient invités à consommer et à danser.



Que s’est-il passé sur ce bateau ? 


Certains prétendent que Mlle Macdonald y aurait été insultée et gravement brutalisée.


D’autres affirment qu’elle avait confié à quelques uns ses envies de suicide.


D’autres encore n’ont rien remarqué.


Mais les journaux soulèvent tellement l’opinion publique que le procureur général ordonne au coroner d’ouvrir une enquête.


Une équipe est constituée, le cadavre est exhumé du cimetière, une autopsie est pratiquée et l’on arrive à la conclusion que Mlle Macdonald est morte noyée.


Nul n’ose trancher entre le suicide et le meurtre et, finalement, nul de ceux que les journaux avaient désignés comme assassins possibles n’est inquiété.


Entre la paix des âmes et un procès retentissant et peut-être sans issue, le coroner et son équipe ont décidé de ne rien décider du tout.


Mais, en dépit de cette tentative soporifique, les choses n’en restent pas là.


Le capitaine Naylor n’aime pas du tout qu’on ait sali son entreprise en laissant entendre que des désordres graves étaient tolérés à son bord.


Récusant cette insinuation, il se permet à son tour de graves accusations.


À son avis, toutes ces calomnies ont été suscitées par «certains chemins de fer» à qui il enlève la clientèle de passagers et de marchandises.


Nous serions en présence d’une manipulation sans scrupule de la population.


Dire que certains croient que ce genre de coup bas est d’invention récente…




mardi 12 juillet 2016

14 juillet





























Fêtons avec nos amis français et avec tous les amoureux de la liberté et de la démocratie.

mardi 5 juillet 2016

COMME TOUT CHANGE...


Comme chacun sait, tout change en ce bas monde, même si le changement n'est pas toujours décelable à l’œil nu.

Les images de mode sont un cas à part, comme le montre cette page tirée de la revue LA CANADIENNE du mois de juin 1920.

Pas besoin, en effet, de très longues considérations pour voir que ces robes désignées comme des «tenues de promenade» sont fort éloignées des «jeans» ultra-serrés de maintenant...

mardi 28 juin 2016

COUP DE CHAPEAU À DES JUMELLES

Louis XIV


En cette année 2016, deux organismes de première grandeur fêtent leur 350e anniversaire, signe d’une belle longévité et d’un indiscutable à-propos.


Saint-Jean et l’Académie des sciences de Paris sont en effet nées presque en même temps, en cette année 1666 et tous deux sont des initiatives du grand Louis XIV.


1666 voit en effet paraître, sur la rive gauche du Richelieu en amont des rapides de Chambly, un des nombreux forts que Louis XIV fait construire par le régiment de Carignan-Salières qu’il a envoyé en Nouvelle-France, l’année précédente, pour y enrayer les incessantes attaques et les raids meurtriers menés par les Iroquois. C’est le Fort Saint-Jean.
Vue imaginée du premier Fort Saint-Jean


Le lac Champlain et le Richelieu sont en effet la voie traditionnelle d’invasion des bandes indigènes ennemies et la décision a été prise d’y construire tout un chapelet d’installations défensives pour rétablir la paix dans la région.

Le Fort Saint-Jean est l’une de ces installations, mais ce sera aussi le noyau de l’expansion démographique de la région et le berceau de ce qui est devenu notre métropole régionale – Saint-Jean.


Mais Louis XIV, tout amateur de guerre qu’il soit, se préoccupe également du rayonnement de son règne dans d’autres domaines, et notamment dans le domaine des sciences.


C’est pourquoi il donne ordre à son ministre
Jean-Baptiste Colbert (1619-1683). 
Tableau de Claude Lefebvre (1666).
Colbert de réunir, le 22 décembre 1666, dans la bibliothèque royale, un quinzaine de savants pour leur confier le mandat « d’avancer et favoriser la science pour l’utilité publique et la gloire de son règne ».  L’Académie naît ce jour-là.


La quinzaine de savants a grandi pour dépasser les 250 membres de nos jours, mais ceux-ci - issus de toutes les disciplines, même les plus récentes - continuent d’être élus parmi les meilleurs scientifiques de leur temps. 


Elle est devenue un organisme-conseil incontournable capable d’éclairer d’un jour scientifique tous les décideurs assez avisés pour lui demander des opinions intelligentes.

En l’honneur de ces jumelles, nous levons notre chapeau bien haut.