mardi 13 octobre 2015

PERTE GÉANTE



Le 25 septembre 1900 mourait Félix-Gabriel Marchand, premier ministre du Québec, député de Saint-Jean et fondateur du Canada-Français.
C’est peu de dire que ce décès est durement ressenti à son journal, lequel, dès l’édition suivante, le 12 octobre, publie de pleines pages de louanges.
La Une est presque entièrement recouverte des coups d'encensoir publiés par divers autres journaux et le rédacteur a pris bien soin d’y faire alterner des citations tirées de journaux libéraux (de la famille de Marchand, donc) avec celles tirées de feuilles conservatrices.
C’est ainsi que le lecteur est invité à lire l’éloge funèbre en passant notamment de La Vérité


à La Presse (journal conservateur)

en passant par le Daily Telegraph

 et Le Soleil

Tous disent : « Le premier ministre est mort, vive le premier ministre. »

jeudi 8 octobre 2015

COMMUNICATION SPÉCIALE : UNE CONFÉRENCE SUR LES ACADIENS


Fidèle à son mandat, la SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DU HAUT-RICHELIEU offre régulièrement des conférences gratuites pour éclairer divers pans de notre passé collectif.
 


Dans cette foulée, la Société organise mardi prochain, 13 octobre 2015, à 19 heures 30, une conférence sur LES DÉPORTATIONS DES ACADIENS ET LES ARRIVÉES DES ACADIENS AU QUÉBEC ENTRE 1755 ET 1775.

À cette occasion, André-Carl Vachon, auteur et conférencier chevronné, lancera un coup de projecteur sur les diverses vagues de déportation ayant affligé les Acadiens du fait des envahisseurs anglais.
Originaire de Saint-Fabien-de-Panet, André-Carl Vachon est descendant des Acadiens s’étant réfugiés dans la première petite Cadie québécoise.
Il a obtenu un baccalauréat en enseignement religieux à l’Université de Montréal en 1996 et un certificat en histoire à l’UQÀM en 2005. 
Il a enseigné à la Commission scolaire des Hautes-Rivières entre 1996 et 2004 et au Collège Jean-Eudes  de 2004 à 2009. 
Depuis, il est animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire au Collège Jean-Eudes.



Conférence :    Les déportations acadiennes – Les arrivées des    Acadiens  au Québec entre 1755 et 1775
Conférencier : André-Carl Vachon
 Lieu :              Bibliothèque de généalogie
                       
                         Société d’histoire du Haut-Richelieu
                       
                         203, rue Jacques-Cartier Nord
                       
                         Saint-Jean-sur-Richelieu
Date :               Le mardi 13 octobre à 19 heures 30


mardi 6 octobre 2015

ON NE PLAISANTE PAS AVEC LE PAIN...





Au 19e siècle, le Conseil municipal de Saint-Cyprien[1] ne badinait pas avec la discipline.

À preuve, ce règlement du 1er octobre 1866 qui imposait amendes salées et même emprisonnement pour la fabrication de pains de mauvaise qualité…


Dorénavant, les pains fabriqués dans le village devaient être faits « de farine de froment bonne et saine», être moulés en demi-pains de 3 livres ou de pains entiers de 6 livres et porter les initiales du boulanger.

Quiconque contrevenait à l’une ou l’autre de ces dispositions s’exposait à la confiscation de tous les pains en infraction et à une amende de « vingt piastres » ou à un emprisonnement de trente jours.
    
Le règlement désigne en outre le boucher Antoine Richard comme inspecteur chargé de l’application dudit règlement et, dès la réunion suivante du Conseil le 3 décembre, les élus sont saisis de 3 cas de confiscation.


Les pains de Jean-François Laviolette, Narcisse Courville et William Gervais, jugés non-conformes, ont été pris par Antoine Richard et distribués aux pauvres, ce qu’approuvent les Conseillers.

Malgré cette approbation, les élus décident de  rembourser 3 pains et demi à William Gervais.

Quant à Narcisse Courville, il a payé «dix-sept piastres et douze centins».

Pas un mot de Laviolette

Mais là où cela devient intéressant c’est que ce William Gervais, qui a été remboursé, est lui-même un employé municipal puisqu’il est inspecteur des chemins publics pour l’arrondissement no. 2[2] …

Mieux encore, l’inspecteur du pain  est aussi inspecteur de la voirie.

S'est-il agi là d'une querelle entre collègues?  Mystère!

Mais voyons la suite.

Antoine Richard devait s’assurer de la véracité du poids des pains vendus dans le village et, à cette fin,  il a acheté chez  Morier, Marceau et cie une «balance patentée» au prix d’une livre, dix-sept chelins et trois deniers.


Il a évidemment demandé d’en être défrayé et lors de sa session du 1er avril 1867, le Conseil autorise le secrétaire-trésorier à verser cette somme «aussitôt qu’il aura en mains des fonds disponibles appartenant à la Municipalité».

La même résolution prévoit que l’inspecteur Richard remettra ladite balance à la municipalité lors de sa sortie de charge.

Puis ce sujet disparaît des procès-verbaux jusqu’au 22 janvier 1872.

Antoine Richard signale à cette occasion qu’il occupe le poste d’inspecteur du pain depuis quatre ans déjà et qu’il n’a encore reçu aucune rémunération.

En conséquence, il demande une rétribution de 100$ pour couvrir son salaire de quatre ans.

Après délibération, le Conseil municipal ne lui refuse pas seulement son salaire, mais le remercie tout de go de ses services...


[1] Il est à noter qu’entre les années 1855 et 1873, le village de Saint-Cyprien englobait l’agglomération de Napierville, laquelle avait demandé d’être annexée.
[2] Livre des minutes no 2 de Saint-Cyprien, du 02-04-1866 au 01-05-1876.  L’arrondissement no 2 dont William Gervais était responsable  comprend « la partie nord du village de Napierville, savoir les rues Christie, Burton, la rue de communication entre ces deux rues et Douglass street. »

mardi 29 septembre 2015

L'AFFAIRE MARIA MONK



À l’automne 1835, un journal de combat protestant, de New York, l’American Protestant Vindicator, lance une nouvelle et violente salve contre le catholicisme bien en selle au Québec : c’est l’affaire Maria Monk.


Selon cette publication, Maria Monk, ancienne postulante d’une communauté de femmes de Montréal, aurait fui aux États-Unis pour se soustraire aux indignités que lui faisaient subir l’évêque, Mgr Jean-Jacques Lartigue, et une cohorte de 5 prêtres.

Elle aurait également fui après avoir été forcée d’assassiner, avec d’autres sœurs de la communauté, une postulante qui ne voulait pas se soumettre aux exigences des prêtres.

L’affaire fait grand bruit quelque temps, mais le 24 octobre, le journal montréalais L'Ami du Peuple, de l'Ordre et des Lois fait part de son enquête : Maria Monk est une aventurière et la concubine d’un pasteur méthodiste, elle est payée pour répandre sa fable et elle n’a jamais été sœur à Montréal.

Malgré tout, un ouvrage est publié et tiré à 300 000 exemplaires sous le titre Horribles exposés des crimes commis au couvent de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
Hôtel-Dieu de Montréal au début du 19e siècle.


Tout cela s’intégrait dans le combat fanatique lancé par les protestants étatsuniens dans l’espoir de freiner l’essor de l’église catholique au sud du 45e parallèle et faisait suite à l’attaque meurtrière lancée, le 11 août 1834 contre le couvent des Ursulines à Charlestown, en banlieue de Boston.

Dans ce «roman», Maria Monk continuait son travail de sape contre le « papisme ».

Elle se présentait comme née à Saint-Jean, à une date qu’elle ne précisait pas, de parents écossais et protestants.

Elle serait convertie assez jeune et aurait souhaité suivre sa vocation à l’Hôtel-Dieu et c'est là qu'elle aurait appris assez vite que les prêtres du séminaire y avaient leurs habitudes et que les enfants nés de ces relations étaient immédiatement baptisés puis étranglés.


Mais avec le succès de son livre, vinrent les convoitises. Les poursuites judiciaires se sont multipliées pour partager les bénéfices, et c'est ce qui a permis de faire la lumière sur la fraude.

Une enquête démontra que Maria Monk était bien née à Saint-Jean, en 1817, mais qu’un accident de son enfance lui avait fait subir des séquelles neurologiques graves qui l’ont confinée à l’asile de la Madeleine, de Montréal.

La description du couvent de l’Hôtel-Dieu qu’elle avait faite correspondait en fait à l’immeuble de cet asile.

Une fois l’enquête terminée, Maria Monk, peu rentable désormais, fut abandonnée par ses complices, qui l’avaient d’ailleurs dépouillée de tous ses biens.

Elle vécut quelque temps de la prostitution et, demi démente, mourut à New York en 1849 à l’âge de 32 ans.

Sa fable diffamatoire continua quand même, malgré sa fausseté avérée, d’être colportée encore longtemps.

Même Chiniquy, le prêtre apostat, la relança dans ses Mémoires.

mardi 22 septembre 2015

PARFOIS LA DÉMOCRATIE TRIOMPHE...




Nous sommes en 1820.

Des familles se sont installées au lieu-dit Côteau des Hêtres, dans la paroisse de Saint-Luc, pour y faire leur vie.

Ce côteau se trouve  à l'est du Chemin-de-Saint-Jean.  C'est la partie la moins fertile de la paroisse.

La plupart des colons vient de Laprairie et de Sainte-Marguerite-de-Blairfindie (L’Acadie).

Leur nombre ayant crû et l’église paroissiale se trouvant fort loin, et encore plus loin si l’on tient compte de l’état des chemins, des paroissiens ont demandé à l’évêque la construction d’une église chez eux.

À cette époque, au Bas-Canada, il n’y a qu’un seul diocèse, et c’est celui qui a son siège à Québec et qui est dirigé par Mgr Joseph-Octave Plessis.

Mgr Plessis a une vaste culture humaniste et c’est aussi un bibliophile passionné.

Toutefois, il admire beaucoup les récits militaires et, dans son diocèse, il compte que ses ordres seront obéis sans discussion : son clergé doit marcher droit.

Aussi, quand le curé de Saint-Luc, François Demers, lui écrit pour lui faire part de la demande populaire, il répond assez sèchement NON, le 2 novembre 1820.

Il explique brièvement que deux raisons principales s’y opposent.


Premièrement,  le Baron de Longueuil  - David Alexander Grant, ce coureur de dot qui a réussi à épouser la dernière descendante de l’illustre famille Lemoyne (ceci n’est évidemment pas mentionné dans la lettre du prélat) - veut que l’église soit construite à Saint-Jean, qu’il s’entête à appeler Dorchester;

Deuxièmement, lui-même souhaite que l’église soit construite en bordure du Richelieu et à deux ou trois kilomètres en amont de la ville.

Il termine sa missive en chargeant le curé Demers d’expliquer lui-même tout cela à ses ouailles…

Or, les paroissiens n’ayant jamais baissé les bras, ils ont fini par obtenir leur église – l’actuelle – sise précisément au Côteau des Hêtres…